Série indienne ~ Première traduction en langue occidentale de l’étrange récit de Krishna et les ogres

Le récit de l’extraordinaire voyage de Krishna vers les sommets himalayens et de sa rencontre avec d’effrayants ogres sanguinaires. La première traduction en langue occidentale de cette fable peuplée d’êtres étranges, montrant que la libération est à la portée de tous, même des plus impurs des ogres !

Dix classiques pour regarder l’Inde dans les yeux

Avec la série indienne dont les dix parutions prévues courront sur toute l’année 2022, les Belles Lettres vous convient à vous initier aux secrets immensément riches de l’Inde classique.

Passerelles entre les volumes de la série comme entre les spécialistes et les néophytes

Dans la ligne droite de la politique éditoriale des Belles Lettres, cette série cherche à éclairer une culture par ses textes : celle de l’Inde et « des Indes ».

Les dix textes retenus font référence les uns aux autres de sorte que la lecture d’un des volumes éclaire celle des autres. De nombreuses références croisées entre les volumes accompagnent le lecteur dans cette démarche de construction progressive d’un tableau culturel polychrome.

Ainsi du Kailasayatra (litt. « Le Pèlerinage [de Krishna] au Kailasa ») pour la première fois traduit en France par André Couture et Charlotte Schmid : il fait écho à la Bhagavad-Gita publiée dans la même série , qui affirme qu’aux yeux du sage, il n’y a pas de différence entre un brâhmane et un intouchable. Krishna et les ogres (qui compte 18 chapitres, tout comme la Bhagavad-Gita) illustre cette idée que la libération est accessible à chacun, quelle que soit sa classe sociale et quel que soit le dieu qu’il vénère, du moment qu’il le fait avec foi et application. 

Adressée également aux spécialistes qui trouveront en fin de volume un commentaire fourni, notre édition a conservé un fort volume de notes et la transcription scientifique du sanskrit.


••• À noter qu’une édition complète et scientifique du Harivamsha, appendice du Mahabharata contant l’enfance de Krishna, dont est issu le présent Kailasayatra, sera publiée dans notre collection Indika courant 2023.


Le Kailasayatra • Le pélerinage de Krishna au Mont Kailasa

« À celui qui ne désire pas entendre, 
il est inutile de parler ; 
à l’homme cruel, à celui qui 
ne pratique pas l’ascèse, à l’ignorant, 
il ne faut pas parler non plus. » 

Krishna épouse la belle Rukmini, incarnation de la Fortune. Celle-ci le prie de lui donner un fils et Krishna entreprend un long voyage vers le mont Kailasa dans l’Himalaya pour rendre les hommages au dieu Shiva qui seul pourra exaucer les jeunes époux. En route, Krishna rencontre des pishacha, ogres mangeurs de chair et buveurs de sangs, êtres parmi les plus impurs que l’on puisse imaginer. Contre toute attente, ceux-ci tombent dans une dévotion éperdue pour Vishnu, présent sur terre sous la forme de Krishna. Leur souhait : obtenir la libération tant désirée. 


~ Les traducteurs

André Couture, professeur émérite, a été jusqu’en 2015 professeur d’histoire des religions à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval (Québec). Il est spécialiste de mythologie hindoue, en particulier des textes sanskrits concernant le dieu hindou Krishna. Une partie importante de ses publications concerne le Harivamsha, un texte épique des premiers siècles de notre ère rédigé à la gloire de ce dieu .

Histoire de l’art, lettres classiques et sanskrit ont conduit Charlotte Schmid à étudier les débuts des cultes krishnaïtes en Inde. Membre de l’École française d’Extrême-Orient depuis 1999, et alors affectée dans le centre de Pondichéry où elle s’est initiée au tamoul en même temps qu’au vishnouisme de l’Inde méridionale, elle a, depuis, rejoint le centre parisien de l’institution, où elle est directrice d’études et directrice des publications.

~ L’illustrateur

Laurent Gapaillard né en 1980, a étudié à l’école Met de Penninghen et à l’Ecole du Louvre. Il a créé des décors de films d’animation avant de se tourner vers un travail d’artiste où la nature s’exprime à travers l’humanité. Il a notamment publié, aux éditions Gallimard Jeunesse, le magnifique album Le Flocon. Il est également célèbre pour ses couvertures de La Passe-miroir.


L’arrivée des démons cannibales

Extrait du septième chapitre

Vaiśaṃpāyana :

« Derrière cette [foule bigarrée] il y avait deux gigantesques ogres, au visage grotesque, [couverts d’]un poil fauve, langue pendante dans d’énormes mâchoires,

la chevelure défaite, l’œil torve, poussant d’énergiques ricanements, engloutissant des masses de viande et buvant des litres de sang.

Des entrailles s’enroulaient tout autour de leurs membres  – c’étaient des géants, ils avaient le corps décharné, leur ventre se creusait ; des fantômes (preta) titanesques leur pendaient au corps et ils portaient des têtes fixées à des piques ;

ils traînaient à hue et à dia une flopée de cadavres à bout de bras, éclatant en rires discordants propres à leur espèce, roi Janamejaya !

lls lâchaient toutes sortes de paroles vulgaires, faisaient trembler de grands arbres à coups de pied et de cuisse, se pourléchaient les babines, grinçaient des dents, n’étaient que des amas d’os et de tendons, exhibant des veines saillantes. 

“Kr̥ṣṇa, Kr̥ṣṇa”, “Mādhava”, répétaient-ils sans arrêt ; “Quand Viṣṇu sera-t-il visible ? Où se trouve-t-il à cette heure-ci ?” 

“Notre maître, où habite-t-il ? Pouvons-nous essayer de le voir ?” Ou encore : “En quel endroit de cette [forêt] le Seigneur des dieux peut-il bien être ? Dans quelle posture Hari se tiendra-t-il ?

Comment Celui dont l’œil est un pétale de lotus, le cadet d’Indra, Hari, est-il en réalité ? Celui que [les dévots] appellent Puṇḍarīkākṣa (aux yeux de lotus immaculé) et que ceux qui connaissent le brahman appellent Brahman, c’est ce non-né, cet être primordial (puruṣa), Viṣṇu, que nous avons l’intention de voir.

Ce Protecteur de l’univers en qui, à l’heure de la fin [de l’âge précédent], entrèrent les trois mondes, ce non-né, le créateur de l’univers, comment parviendrons-nous à le voir à cette heure ? 

Celui dont le corps s’étend au monde et à tous les vivants qui ont obtenu d’y vivre, c’est ce dieu, [ce] Seigneur, ce Hari, que nous tentons de voir aujourd’hui !

Comment avons-nous pu malgré nous assumer la condition d’ogre, la  plus horrible  au monde, haïe de toutes les créatures, souillée par les os et la chair humaine, et suscitant la terreur en tous les êtres ?

Hélas, c’est que nous avons commis de mauvaises actions au cours d’innombrables naissances passées et que nous y avons toujours pris un plaisir immense.

Notre condition d’être détestés de tous et de faire le tourment de tous les vivants durera tant que nous maintiendrons cet agir mauvais, un agir tout à fait mauvais que nous avons poursuivi pendant de nombreuses naissances, de sorte que, même aujourd’hui, cet horrible fruit ne nous quitte pas.

Pour l’heure, nous nous évertuons à tuer des êtres vivants, secondés par des meutes de chiens – eh oui, les êtres vivants se comportent tout d’abord en enfants, l’esprit plein d’ignorance ; ils ne reconnaissent pas ce qu’il faut faire et ne pas faire.

Ensuite ce sont de jeunes gens qui s’enivrent et papillonnent entre les plaisirs : ils ne s’efforcent nullement vers ce qui serait salutaire ; portés vers les objets des sens, séduits par des objets [qui sont agréables], les hommes ne manifestent donc aucun discernement. 

De même, lorsque vient le vieil âge, abattus par tant de maladies à commencer par la vieillesse qui occasionne tant de douleurs de toutes sortes, ils ne s’efforcent pas plus vers ce qui est salutaire, incapables de percevoir [même] les objets des sens.

Ecouter cet extrait lu :

Un étrange et fort indien objet

Extrait de l’introduction

Ce livre est la traduction annotée d’un récit versifié contant le pèlerinage que Kr̥ṣṇa accomplit au mont Kailāsa, séjour du dieu Rudra-Śiva. Chemin faisant, Kr̥ṣṇa rencontre des ogres qui manifestent à son endroit leur dévotion par d’étranges offrandes. Illustrant de façon crue les pouvoirs de la dévotion, ce pèlerinage semble d’abord représenter la tolérance du mouvement krishnaïte, courant hindou embrassant l’ensemble d’une société indienne dont on connaît l’attachement à une hiérarchie aussi pointilleuse que complexe, mais accueillante plus que d’autres jusqu’à faire une place à l’Occidental lui-même. En réalité, les modalités transgressives de la dévotion qu’il évoque en font vite un étrange et fort indien objet. […]

Malgré son grand intérêt, « Le Pèlerinage de Kr̥ṣṇa au Kailāsa » est demeuré peu connu et n’a jamais été traduit dans une langue occidentale. Il figure dans la version vulgate du Harivaṃśa, un long supplément à l’épopée du Mahābhārata, dont la comparaison critique de plus d’une trentaine de versions, recueillies d’un bout à l’autre de l’Inde, a permis de proposer une version reconstituée, remontant peut-être aux IIe-IIIe siècles de notre ère. Le Harivaṃśa présente, entre autres, la biographie complète de Kr̥ṣṇa depuis sa
naissance à Mathurā, dont relève le récit ici présenté. Il fera prochainement l’objet d’une traduction commentée dans la collection « Indika » (Les Belles Lettres). « Le Pèlerinage de Kr̥ṣṇa au Kailāsa » a été écarté du travail critique dont le Harivaṃśa a fait l’objet, car il relève d’un état du texte plus récent, dont les morceaux sont rassemblés dans un recueil complémentaire à la suite du volume principal de l’édition
critique. Ce magnifique récit, digne d’un meilleur sort, fut en fait sans doute composé dans le sud de l’Inde entre le VIIe et le IXe siècle de notre ère. C’est là qu’on retrouve en effet nombre des thèmes qui animent le texte, de l’offrande dévotionnelle de la chair humaine à la figure insistante d’un dieu en qui Śiva et Viṣṇu fusionnent.


KRISHNA ET LES OGRES • Le Kailasayatra

Traduit du sanskrit par André Couture et Charlotte Schmid. Illustré par Laurent Gapaillard

Lire relié • 240 pages • illustrations en couleurs • Notes, commentaire • Bibliographie • 12,5 x 19 cm • 23 €

En librairie ou sur notre site internet.


Titres déja parus et détaillés sur ce blog :





Tout afficher