Série indienne ~ La poésie épique du Raghuvamsha de Kalidasa

Notre nouvelle série d’édition consacrée aux textes les plus éclairants de l’Inde ancienne s’ouvre sous les feux épiques du grand poète Kalidasa (Ve siècle). Ce « joyau de l’Orient », introuvable depuis de nombreuses années, revient aujourd’hui traduit par Louis Renou et illustré par Roshni Vyam.

Dix classiques pour regarder l’Inde dans les yeux

Avec la série indienne dont les dix parutions prévues courront sur toute l’année 2022, les Belles Lettres vous convient à vous initier aux secrets immensément riches de l’Inde classique. Une mission d’érudition accessible et de souci du beau, comme souvent dans notre maison : appréhender une civilisation par ses textes fondateurs, qui tous se répondent et conversent ensemble. Ces écrits sont mis en beauté par des illustrateurs contemporains qui se sont eux-mêmes immergés dans les textes pour mieux les mettre en forme.
Notre sélection, forcément lacunaire mais pluridisciplinaire, vous invite à apprendre l’Inde, par l’esprit et le cœur. Poésie épique, traités d’architecture, religieux, politique ou social, épopée : tous les genres sont à la fête. Ils seront dix. Tous vous éclaireront les uns sur les autres, pour qu’enfin, patiemment, les pigments colorés de l’Inde et de toute l’Asie du Sud indianisée se redéposent et composent le tableau unique et flamboyant que nous vous promettons.


Kalidasa, La Lignée des Fils du Soleil

L’ouvrage jouit dans l’Inde d’une fortune singulière : il a eu l’honneur d’une quarantaine de commentaires littéraux, il sert de base dans toutes les écoles aux explications de sanskrit, un grand nombre de ses stances sont citées dans les traités de rhétorique, enfin il est compté comme le premier des six mahākāvya, les six « grands poèmes » que les canons donnent pour modèle immuable de toute composition littéraire.
Louis Renou, introduction

Dans ce chef-d’œuvre de la poésie épique sanskrite écrit au Ve siècle ap. J.-C., Kalidasa raconte en 19 chants l’histoire de la dynastie mythologique des Fils du Soleil. Le poème est centré sur la figure de Rama, incarnation de Vishnu dans cette prestigieuse lignée. 

Les neuf premiers chants sont consacrés aux quatre prédécesseurs de Rama, de pieux rois dont les dieux mettent la vertu à l’épreuve par de subtiles malédictions et de terrifiants assauts. Dans les six chants suivants, l’auteur narre sa version du Ramayana en sélectionnant dans la célèbre épopée de Valmiki les passages les plus propices à de somptueux développements lyriques : la naissance miraculeuse de Rama, son union avec Sita, l’enlèvement de celle-ci par Ravana ou encore sa répudiation exigée par les sujets du royaume. Le poème évoque ensuite les descendants de Rama et s’achève par la montée sur le trône d’une reine qui assurera la régence jusqu’à la naissance de son fils.

La traduction de Louis Renou, élégante et respectueuse du vers sanskrit, permet de goûter la saveur du poème et de ses subtiles images. 

La présente traduction du texte de Kālidāsa par Louis Renou a été publiée en 1928 par la Librairie Orientaliste Paul Geuthner dans la collection « Les Joyaux de l’Orient ». Elle était épuisée depuis plusieurs décennies.


Mort de la reine indumatī (extrait du chant VIII)

Un jour, ce roi, respectueux du peuple, se promenait avec la reine dans le jardin de la cité.

À cette époque, le Maître Suprême avait fixé sa demeure sur le rivage de l’océan méridional, à Gōkarna, et Nārada était parti pour l’accompagner de son luth par la route que prend le soleil au retour du septentrion.

Une guirlande, tressée de fleurs inconnues à la terre, était posée au faîte de son instrument ; elle fut enlevée par un coup de vent violent, avide, semblait-il, du parfum des fleurs.

Les abeilles qui entouraient le luth du sage volèrent à la suite des corolles : on vit le luth répandre sous l’insulte du vent des larmes polluées de fard.

La guirlande immortelle, qui surpassait en luxuriance les plantes printanières, par son miel et par son parfum excellents, prit un refuge sûr entre les pointes des larges seins de l’amante royale.

L’épouse aimée du meilleur des hommes regarda l’éphémère compagne de ses beaux seins : égarée, elle ferma les yeux comme un clair de lune, quand l’astre est ravi par les ténèbres.

Son corps délaissé par les sens tomba et fit tomber avec lui le prince : ne voit-on pas, avec la goutte d’huile débordante, la flamme d’une lampe toucher la terre ?

Les suivantes de part et d’autre, poussèrent de confuses lamentations ; les oiseaux furent effrayés cachés au sein des lotus, ils semblaient compatir et gémir, eux aussi.

L’égarement du roi fut dissipé par l’éventail et divers expédients ; mais la reine demeura comme elle était : le remède ne produit son effet que lorsqu’il subsiste un restant de vie.

Elle était comme un luth qui a besoin d’être accordé, elle avait perdu toute connaissance ; alors, dans son amour extrême, il la souleva, la tenant sur son sein à la place accoutumée.

L’époux avec cette femme gisant sur sa poitrine, le teint flétri par la fuite des sens, c’était comme l’astre
des nuits, à l’aurore, qui porte sur lui le signe trouble de la gazelle.

Il gémit avec des larmes et des sanglots ; sa constance naturelle l’avait quitté ; lorsqu’on le chauffe, le fer lui-même s’attendrit : combien plus le corps des humains !

Ecouter cet extrait lu :


Cependant, cette poésie qui, par certains côtés, semble le comble de l’artifice, atteint sans peine à la véritable grandeur : c’est par ce privilège de l’Orient où la préciosité de la forme ne trahit que l’excès de l’imagination, où la recherche ne prend jamais visage de procédé, où l’image est l’aspect normal de l’idée et l’artifice même une seconde nature, laquelle s’allie fort bien avec une évidente naïveté : qu’on lise, par exemple, au chant VIII, les plaintes d’Aja sur Indumatī morte, ou bien, au chant XIV, la répudiation de Sītā, où le poète a raccourci avec un lyrisme contenu les longues mollesses du Rāmāyana. Kālidāsa nous ménage en somme avec la réalité des relations moins directes, plus subtiles, que celles où nous a habitués l’art occidental, et sa manière pourrait s’apparenter de ce fait à quelques tentatives de l’esprit contemporain.
Louis Renou, introduction

Feuilleter l’introduction + l’extrait du chant I


KALIDASA

La Lignée des Fils du Soleil

Le Raghuvamsha de Kalidasa

Traduit du sanskrit par Louis Renou. Illustrations inédites de Roshni Vyam

Lire relié • 256 pages • 20 illustrations inédites • 12,5 x 19 cm • 23 €

Disponible en librairie depuis le 30 mars 2022, ou sur notre site internet.


Découvrez nos deux précédentes séries d’édition annuelles :

Poésie magique

La série du Centenaire


Kalidasa aux Belles Lettres

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