Science et Humanité : l’Évolution de la connaissance, de Jürgen Renn

« Traditionnellement, l’histoire de la science et de la technologie a toujours privilégié l’innovation plutôt que la transmission, la transformation et le transfert de connaissance. Or, c’est souvent la connaissance la moins spectaculaire qui a permis d’aboutir aux découvertes et aux inventions les plus célèbres. »
En 750 pages, 16 chapitres et plus de 100 illustrations, Jürgen Renn raconte la fascinante histoire des connaissances de l’humanité.

Retraçant les épisodes clés de l’évolution des sciences et des techniques, de l’invention de l’écriture à l’industrialisation et à la numérisation en passant par la révolution scientifique du début de l’ère moderne, Jürgen Renn analyse comment le savoir se crée et se transforme, comment il se diffuse globalement depuis des millénaires et de quelle manière les économies de la connaissance et les sociétés dans lesquelles elles s’inscrivent s’influencent mutuellement. 
Extrêmement riche en matériel et abondamment illustrée, cette somme mobilise une multitude de méthodes et de disciplines, et développe un cadre entièrement nouveau pour la compréhension de l’histoire des sciences comme élément de l’évolution culturelle. Le large regard rétrospectif qu’ose L’Évolution de la connaissance permet ainsi d’aiguiser notre vision des défis complexes auxquels nous sommes confrontés dans l’Anthropocène.
La question de savoir si la société humaine globale parviendra à relever les défis de l’Anthropocène dépendra en grande partie du développement futur de son économie de la connaissance. 

L’Histoire de ce livre

• Extraits du préambule •

Ce livre couvre une période qui s’étend des origines de la pensée humaine aux défis modernes de l’Anthropocène. L’Anthropocène est ici considéré comme une nouvelle ère géologique, définie par l’impact profond et durable de l’activité humaine sur le système Terre. L’Anthropocène est par conséquent le contexte ultime d’une histoire de la connaissance et le point de fuite pour une étude de l’évolution culturelle d’un point de vue global. À partir de cet angle, je me suis efforcé de relier entre eux des horizons historiques et géographiques multiples.
Ce livre traite tant des aspects de longue durée de l’évolution de la connaissance que de l’accélération des changements dans le développement de la connaissance qui nous ont amenés à l’Anthropocène. […]

Nos recherches à l’Institut Max-Planck pour l’histoire de la science suivent deux axes principaux : la transmission et la transformation à long terme de la connaissance, et les processus de transfert et de mondialisation de la connaissance. Selon moi, ces deux aspects sont essentiels si l’on veut comprendre comment nous sommes entrés dans l’Anthropocène, et l’un et l’autre révèlent des logiques à l’œuvre dans l’évolution de la connaissance qui ont longtemps été sous-estimées – en dépit de leur importance pour la gestion des défis de l’Anthropocène. Tous deux ont donc influencé la structure de ce livre.

Traditionnellement, l’histoire de la science et de la technologie a toujours privilégié l’innovation plutôt que la transmission, la transformation et le transfert de connaissance. Or, c’est souvent la connaissance la moins spectaculaire qui a permis d’aboutir aux découvertes et aux inventions les plus célèbres. Une partie de cette connaissance fait preuve d’une stabilité et d’une durabilité remarquables, perdurant fréquemment pendant de longues périodes en traversant des phases de changement fondamental. De même, le transfert et la transformation interculturels de la connaissance ont façonné les accomplissements technologiques et scientifiques depuis l’aube de la culture humaine – une réalité aisément omise quand on se concentre exclusivement sur les points de convergence apparents.

Nous fondant sur nos analyses historiques, nous nous sommes efforcés de mettre au point un langage théorique afin de nous aider à décrire tous ces processus de développement et de transmission, quel qu’en soit le type ou le support. À cette fin, nous nous sommes inspirés de disciplines historiques comme l’archéologie, l’histoire politique et économique, l’histoire de la science et de la technologie, et l’histoire de l’art et de la religion, mais aussi de l’épistémologie philosophique, de la science cognitive, des sciences sociales et du comportement, et en particulier de la sociologie, de l’économie, de la psychologie et de l’anthropologie sociale.

Comment aborder un programme de recherche aussi ambitieux et aussi exhaustif – et comment en présenter les résultats ? À l’époque, en 1994, nous avions choisi de tenter une approche que l’on peut comparer à la volonté des biologistes de comprendre des schémas biologiques d’ensemble en se focalisant sur un seul organisme modèle comme Drosophila melanogaster, ou à la stratégie d’un producteur de cinéma qui décide d’adapter un roman complexe, aux fils narratifs nombreux et interconnectés, sous forme de script simplifié pour un film.
Il s’agit de réduire le nombre de personnages et de niveaux narratifs pour se concentrer sur quelques éléments et thèmes clés soigneusement sélectionnés.
Dans notre contexte, il n’était bien sûr pas question de sélectionner des personnages, mais plutôt de se concentrer sur certaines branches, certains domaines du développement de la connaissance qui semblaient particulièrement adaptés à l’étude tant des développements à long terme que des transformations globales de la connaissance. […]

*

Si la connaissance scientifique et technique domine notre vie quotidienne, et si la survie de l’humanité à l’Anthropocène dépend d’une application réfléchie de solutions fondées sur la science, aujourd’hui, dans sa grande majorité, l’histoire de la science ne contribue que fort peu à ces discussions. Comment y remédier ? Quelle approche rendrait justice à une conception de la science en tant que pratique humaine impliquant, d’une façon irréductible, des dimensions mentales, matérielles et sociales ? Comment peut-on concevoir la science comme étant limitée, mais pas déterminée par des structures locales, et d’autres, plus vastes, politiques et économiques ? Et quelle épistémologie historique et politique pourrait aider à rétablir la responsabilité morale dans la quête de connaissance de la science ?

Dans ce livre, je ne peux pas offrir de réponses définitives à ces questions, mais je m’efforce de les chercher au-delà des positions tranchées qui caractérisent le débat actuel. Je suis profondément convaincu que nous avons besoin de renouer avec l’expérimentation ; nous ne devrions pas nous contenter de déconstruire les récits traditionnels ; nous devrions dépasser les études de cas isolées ; il nous faut conclure de nouvelles alliances avec les scientifiques ; il nous faut chercher de nouvelles méthodologies, en incluant des perspectives plus comparatives et systémiques. Nous ne pouvons entreprendre tout cela sous la forme d’un exercice de réflexion à l’abri de notre tour d’ivoire. Nous devons descendre dans la salle des machines de la science et prendre part aux luttes quotidiennes qui s’y livrent si l’on veut faire de l’Anthropocène un environnement viable pour l’humanité.

Jürgen Renn, traduit par Raymond Clarinard


EN LIBRAIRIE

JÜRGEN RENN, L’Évolution de la connaissance. Repenser la science pour l’Anthropocène

Traduit de l’anglais par Raymond Clarinard

Livre broché sous couverture à rabats • 16 x 24 cm • 752 pages • 100 illustrations noir &blanc • Index, bibliographie, notes, glossaire

Paru le 4 novembre 2022 – 29,50 €

Disponible en librairie ou sur notre site internet.


ÉGALEMENT EN LIBRAIRIE

PAUL TANNERY, Pour l’histoire de la science hellène. De Thalès à Empédocle, suivie d’un « Dossier Tannery »

Présentation de Denis Savoie. Édition revue et amendée par Alexandre Marcinkowski

Collection ENCRE MARINE

Livre relié • 17 x 24 cm • XXXVIII + 666 pages

Paru le 7 octobre 2022 • 55 €

Cet ouvrage publié pour la première fois en 1887 reste encore aujourd’hui une mine de renseignements tant pour les philosophes et les épistémologues que pour un public en quête de redécouvertes des origines philosophiques de notre civilisation.


Les Belles Lettres lancent leur première saison de podcasts : « La science manque-t-elle d’humanité(s) » ?

Épisode 4 : L’art du médecin a-t-il définitivement basculé du côté de la science ? avec Mark Hunyadi et Stéphane Velut Le Podcast des Belles Lettres

Avis à ceux qui ont prêté le Serment d’Hippocrate, ou simplement regardé la série du même nom, à ceux qui ne jurent que par Doctolib et qui vérifient plusieurs fois par jour que leur cœur continue de battre : pour votre santé, il est vivement recommandé d’écouter ce podcast !  Ce quatrième épisode interroge le rôle et la pratique de la médecine, de l’Antiquité à nos jours. Autrefois définie comme un art par les pères occidentaux de la médecine que sont Hippocrate et Galien, la médecine est marquée aujourd’hui par des innovations technologiques et numériques d’une ampleur inégalée dans son histoire, et celles-ci tendent à s'accélérer. Ces innovations la font basculer davantage du côté d’une science quantitative du corps. Est-ce à l’exclusion d’une dimension plus humaine de la pratique médicale, disons même plus “artisanale”, à une époque où l’on ne cesse pourtant d’invoquer la nécessité d’une “médecine personnalisée” ? Quelles en sont les répercussions éthiques, politiques et sociales ?  Le neurochirurgien, écrivain et essayiste Stéphane Velut et le philosophe Mark Hunyadi, spécialiste du posthumanisme, esquissent les grands défis que la médecine et plus généralement le monde de la santé devront relever à l’avenir pour ne pas devenir la proie des géants du numérique.
  1. Épisode 4 : L’art du médecin a-t-il définitivement basculé du côté de la science ? avec Mark Hunyadi et Stéphane Velut
  2. Épisode 3 : Copernic était-il révolutionnaire ? Une histoire astronomique avec Isabelle Pantin et Denis Savoie
  3. Épisode 2 : Gare aux idées fausses en science et autres platitudes médiévales avec Sylvie Nony et Nicolas Weill-Parot
  4. Épisode 1 : Douter en scientifique ou en croyant avec Étienne Klein et François Cassingena-Trévedy
  5. Teaser : La science manque-t-elle d'humanité(s) ?

Science si humaine : notre prochain bulletin annuel

Comment la science se pense-t-elle aujourd’hui et pourquoi ? Dans quelle histoire s’inscrit-elle et pourquoi s’est-elle tant appliquée à se couper de son versant « humain » ? Et enfin, disposons-nous d’une bonne culture scientifique ?

EN LIBRAIRIE LE 18 NOVEMBRE 2022

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