Construire la civilisation japonaise : un ouvrage fondateur enfin traduit en français

L’Appel à l’étude, publié entre 1872 et 1876, est l’ouvrage le plus important de l’ère Meiji (1868-1912). Son auteur, Fukuzawa Yukichi (1835-1901), s’y livre à un double exercice : penser la manière dont le Japon peut et doit « accéder à la civilisation » et convaincre ses compatriotes de le suivre dans cette voie, la seule à même selon lui d’éviter à son pays la colonisation par les puissances étrangères.
Best-seller absolu de l’époque, ce livre, qui a joué un rôle capital dans la construction du Japon contemporain, offre de nombreuses clefs pour comprendre ce que fut vraiment la restauration de Meiji pour les Japonais.

Intérieur Fukuzawa

Composition détaillée du volume

Photo de Fukuzawa Yukichi en 1876

Conventions de transcription du japonais

Préface du traducteur Christian Galan

Reproduction en fac-similé (japonais) du Livre I de l’Appel à l’étude, édition de 1873.

Livre I > à feuilleter ici
Livre II
Avant-propos
De l’égalité des hommes
Livre III
De l’égalité des pays
De l’indépendance des individus comme condition de l’indépendance des pays
Livre IV
Du devoir des savants
Livre V
Conférence donnée le 1er janvier 1874
Livre VI
De la valeur supérieure des lois nationales
Livre VII
Du devoir des citoyens
Livre VIII
On ne peut contraindre les autres à agir selon son propre vouloir
Livre IX
Une lettre à mes vieux amis de Nakatsu au sujet des deux aspects importants de l’étude
Livre X
À mes vieux amis de Nakatsu… (suite du livre précedent)
Livre XI
Imposer d’agir en fonction des « devoirs propres à son nom » ne produit que des hommes faussement vertueux
Livre XII
De la nécessité d’encourager les gens à faire des discours
De la nécessité d’améliorer le comportement des gens
Livre XIII
Des ravages causés à la société par l’envie
Livre XIV
De la nécessité de faire l’ « inventaire de soi »
Les deux manières de « prendre soin » de quelqu’un
Livre XV
S’interroger sur tout et ne retenir que ce qui est utile
Livre XVI
Protéger son indépendance au quotidien
De la nécessité d’accorder ses intentions et ses actes
Livre XVII
De la bonne réputation
Postface : la transformation d’un monde, par Christian Galan
Les Lumières japonaises, ce sont des hommes
Une grammaire de la modernité
L’esprit de la civilisation
Bibliographie

Notes

Remerciements

L’auteur

Yukichi en 1876Fukuzawa Yukichi (1835-1901) est considéré par ses compatriotes comme le plus grand des intellectuels japonais et l’un des principaux acteurs du processus de modernisation dans lequel leur pays s’engagea à partir de la Restauration de Meiji (1868).

Ce fils de guerrier de bas rang, que rien ne prédestinait à jouer un tel rôle, fut tour à tour — et souvent en même temps — penseur, pédagogue, traducteur, essayiste, pamphlétaire et journaliste. Il fonda l’école privée Keiô — qui est aujourd’hui l’une des plus prestigieuses universités japonaises —, publia des dizaines d’ouvrages dont certains, à l’exemple de L’Appel à l’étude (Gakumon no susume) ou de L’État de l’Occident (Seiyô jijô), se vendirent à des centaines de milliers d’exemplaires, et créa l’un des premiers quotidiens japonais, Les Nouvelles de l’actualité (Jiji shinpô), qui parut pendant près d’un demi-siècle.

Formé aux études chinoises, il rompit — à l’instar de toute une génération — avec celles-ci, pour se consacrer aux langues et aux études occidentales. Figure majeure des Lumières japonaises, il est assurément le plus important de ces jeunes Japonais qui, rêvant d’universalité, furent les premiers à découvrir le monde dans sa réalité contemporaine, à comprendre sa complexité et ses dangers, et à faire le choix de se consacrer corps et âme à faire accéder le Japon à la « civilisation » afin de maintenir son indépendance.

Le traducteur

Christian Galan est professeur de langue et civilisation japonaises à l’université Toulouse-Jean Jaurès et chercheur au Centre d’études japonaises de l’Inalco.

Extrait : Du devoir des savants (Livre IV)

[…]

Lorsque l’on regarde l’état actuel du Japon, on peut dire que les domaines dans lesquels nous n’avons pas encore atteint le niveau de l’Occident sont les sciences, le commerce et le droit. Comme le caractère civilisé d’un pays dépend principalement de ces trois domaines, il n’est pas nécessaire d’être un savant pour comprendre que, quand ceux-ci ne sont pas suffisamment développés, l’indépendance dudit pays ne peut être sauvegardée. Or, actuellement, au Japon, nous n’avons encore suffisamment progressé dans aucun de ces domaines.

Pourtant, depuis l’avènement du nouveau gouvernement, ce n’est pas que ceux qui occupent des postes officiels n’y consacrent pas tous leurs efforts ni qu’ils soient des incapables ou des incompétents ; mais le fait est que, dans la réalisation de ce qu’ils entreprennent, ils rencontrent hélas souvent de nombreux obstacles qui les empêchent d’atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. Et aujourd’hui le principal de ces obstacles est l’ignorance et l’illettrisme du peuple. Le gouvernement a bien pris conscience de cette situation et il encourage avec force les sciences, de même qu’il s’efforce de bien expliciter les lois et de montrer comment se lancer dans les affaires. Pourtant, bien qu’il ait agi ainsi de mille manières, tantôt en donnant des conseils, tantôt en montrant lui-même l’exemple, les résultats n’ont pas été jusqu’ici concluants : le gouvernement est toujours aussi despotique qu’avant et le peuple toujours aussi ignorant et impuissant. Même s’il y a eu quelques progrès accomplis, lorsqu’on met ceux-ci en regard des énergies et des sommes d’argent investies, on ne peut qu’être déçu des résultats. Et cela, assurément, c’est parce que faire accéder un pays à la civilisation ne dépend pas de la seule puissance du gouvernement.

Certains disent que le gouvernement devrait profiter de la possibilité qu’il a aujourd’hui de contrôler ce peuple stupide pour amener celui-ci, une fois qu’il aura acquis suffisamment de connaissances et de vertu, à entrer de lui-même dans le monde de la civilisation. C’est là, cependant, quelque chose de facile à dire mais de difficile à réaliser. Le peuple de notre pays a en effet, pendant des centaines d’années, souffert de gouvernements despotiques et les gens n’ont jamais eu la possibilité de dire ce qu’ils pensaient : ils assuraient leur sécurité par la duperie, échappaient aux punitions par le mensonge, et mensonge et duperie sont ainsi devenus pour eux les outils indispensables de leur survie, de même que la malhonnêteté et la déloyauté sont devenues pour eux des routines quotidiennes. Personne n’éprouvait plus aucune honte, personne ne posait plus aucune question, le peuple avait jeté aux orties son sens de l’honneur : comment dans ces conditions aurait-il pu aimer son pays ? Pour corriger ces travers, le gouvernement actuel montre ses muscles et s’efforce à tout prix, par la menace et par la punition, de transformer les gens en citoyens sincères, ce qui en réalité les rend au contraire plus méfiants encore, jetant ainsi de l’huile sur le feu.
En fin de compte, gouvernants et gouvernés s’éloignent les uns des autres et développent chacun des mentalités différentes. Lire la suite du chapitre [PDF à feuilleter] >


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