Ovide, Contre Ibis : éditions comparées

Le Contre Ibis est sans doute l’œuvre la plus violente d’Ovide : exilé à Tomes, l’auteur des Tristes s’en prend à une ancienne relation, qu’il surnomme Ibis, qui tourmenterait la femme du poète et en voudrait à ses biens. C’est une véritable malédiction, dans le goût des arai des poètes alexandrins, et notamment de Callimaque qui écrivit lui aussi un Contre Ibis, à la fois source et modèle de notre texte, qu’Ovide entend lancer à son adversaire. Après une série d’attaques personnelles, suit, en guise d’exemples, une liste des héros qui eurent une fin tragique. Le texte s’achève sur les différentes morts que mérite Ibis.

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La première édition dans la Collection des Universités de France est due à Jacques André qui en a établi le texte latin et assuré la traduction française, et paraît pour la première fois, en bilingue, en 1963. Un deuxième tirage est effectué en 2003, sous couverture souple. Ce « Budé » reprend la question de la place du Contre Ibis dans la chronologie des œuvres d’exil. L’introduction propose une analyse approfondie de l’influence de la poésie hellénistique sur Ovide et sur les autres poètes augustéens. L’ouvrage est complété par d’abondantes notes ainsi que par un index nominum. Jacques André a choisi la traduction en prose, en vis-à-vis des vers latins.

La nouvelle édition émendée, présentée et traduite par Olivier Sers (à qui l’on doit la récente traduction en vers des trois textes d’Ovide sur l’amour, et de l’Énéide de Virgile) propose en introduction un érudit parcours dans les énigmes antiques et s’accompagne du bref texte de Théocrite La Syrinx en fin de volume. Les deux textes présentés en latin et en grec, ont été traduits vers pour vers (alexandrin, décasyllabe) tout en dévoilant à droite du texte, en italique, les noms exprimés par énigmes.En annexes, un index des noms propres et un aperçu bibliographique.

Extrait du latin et des deux traductions du Contre Ibis

(Les notes de bas de page de l’édition CUF ont été ici supprimées.)

Texte latin établi par Jacques André, présent dans les deux ouvrages (vers 95 à 118)

Illum ego deuoueo, quem mens intellegit Ibin,
Qui se scit factis has meruisse preces.
Nulla mora est in me, peragam rata uota sacerdos.
Quisquis ades sacris, ore fauete, meis,
Quisquis ades sacris, lugubria dicite uerba
Et fetu madidis Ibin adite genis,
Ominibusque malis pedibusque occurrite laeuis
Et nigrae uestes corpora uestra tegant.
Tu quoque quid dubitas ferales sumere uittas ?
Iam stat, ut ipse uides, funeris ara tui,
Pompa parata tibi est ; uotis mora tristibus absit.
Da iugulum cultris, hostia dira, meis.
Terra tibi fruges, amnis tibi deneget undas,
Deneget adfatus uentus et aura suos ;
Nec tibi sol clarus nec tibi lucida Phoebe,
Destituant oculos sidera clara tuos,
Nec se Volcanus nec se tibi praebeat aer,
Nec tibi det tellus nec tibi pontus iter.
Exul, inops erres alienaque limina lustres
Exiguumque petas ore tremente cibum.
Nec corpus querulo nec mens uacet aegra dolore,
Noxque die grauior sit tibi, nocte dies,
Sisque miser semper nec sis miserabilis ulli ;
Gaudeat aduersis femina uirque tuis !

Traduction de Jacques André

Je le maudis, moi, celui que j’entends par Ibis et qui sait avoir par ses forfaits mérité ces imprécations.  Sans retard, je serai le prêtre qui ratifiera les vœux formulés. Vous tous, témoins du sacrifice que je célèbre, que vos bouches me secondent ; vous tous, témoins du sacrifice, faites entendre les paroles lugubres et, les joues baignées de pleurs, approchez d’Ibis; porteurs de funestes présages, accourez du pied gauche et de vêtements noirs recouvrez votre corps. Et toi, pourquoi tarder à prendre les bandelettes mortuaires ? Déjà se dresse, comme tu le vois, l’autel de tes funérailles ; la procession est prête ; que rien ne retarde mes vœux funestes ! Tends ta gorge à mon couteau, victime sinistre !
Que la terre te refuse ses moissons, le fleuve ses ondes, que te refusent leurs souffles le vent et la brise ; que le soleil soit pour toi sans éclat, la lune sans clarté, que les astres brillants se dérobent à tes yeux ; que Vulcain ni l’air ne s’offrent à toi, que la terre et la mer te refusent tout passage ! Exilé, sans ressources, vagabond, va chez autrui de seuil en seuil et quête d’une bouche tremblante un peu de nourriture ! Qu’une douleur gémissante ne laisse aucun repos à ton corps, à ton âme épuisés ; que la nuit te soit plus redoutable que le jour, le jour que la nuit ; sois toujours misérable sans jamais rencontrer de pitié ; que ton infortune réjouisse hommes et femmes !

IbisCuf

Traduction d’Olivier Sers

Le maudit, c’est celui que j’entends par Ibis,
Il sait l’avoir mérité par ses crimes !
En prêtre et sans retard, je ratifie mon vœu,
Je sacrifie, aidez-moi de vos bouches,
Témoins, tous, pour m’aider, dites les mots lugubres,
Les joues en pleurs, accourez du pied gauche
Tous à Ibis, porteurs de présages sinistres,
Accourez tous, le corps vêtu de noir !
Et toi, que tardes-tu, ceins les fatals bandeaux,
Vois-tu pas là, dressé, l’autel funèbre ?
Vois, ton cortège est prêt, péris, plus de retard,
Tends à mon fer ton cou, victime horrible !
Sans fruit te soit le sol, sans eau te soit le fleuve,
Que brise et vent te refusent leur souffle,
Le soleil son éclat, sa lumière Phébé,
Face à tes yeux que fuient les astres clairs,
Que le feu de Vulcain, l’air à toi se dérobent,
Que terre et mer te ferment tout passage,
Que sans pain, exilé, de seuil en seuil tu erres,
Bouche tremblante, y quêter ta pitance,
Corps et âme épuisés, dolent, sans trêve en larmes,
La nuit, le jour, chacun pire que l’autre,
Sois malheureux toujours, pris en pitié jamais,
que ton méchef réjouisse les deux sexes.

CouvC Sers Ibis BAT 1re

  • 128 pages
  • Bibliographie, Index
  • Livre broché
  • 13 x 19 cm
  • Parution : 14/03/2017
  • 9782251446547
  • 13,90 €
  • Commander / Memento
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Publié dans Rome, jusqu'à Constantin, Sources

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