Brutus, d’Alain Rodier : un portrait par les textes sources. Extrait et bibliographie

Au nom de la République

Féru de philosophie, ami de Cicéron, Brutus n’aime ni la violence, ni la guerre. S’il fait couler le sang de César, c’est au nom d’un idéal de liberté et de justice. S’il lève des légions avec son complice Cassius, c’est dans l’espoir de rétablir la République d’antan… Découvrez le portrait de Brutus, l’idéaliste tragique, tel qu’il nous a été transmis par les sources ici réunies et commentées par Alain Rodier.

S’il n’est pas l’instigateur du complot contre César, Brutus en a pris la tête, poussé par les Républicains, en raison de sa réputation d’homme vertueux et de grande rigueur morale. Mais, faute d’un projet élaboré, l’attentat se solde par un fiasco politique. Poursuivi par la haine de Marc Antoine, qui se pose en vengeur de César, Brutus choisit l’exil.

Brutus à Cicéron, salut

La défaite d’Antoine ne lui donne qu’un bref espoir de retour de la République, car un nouveau maître s’est emparé de Rome. Gracié par Octave (Auguste), il refuse de se soumettre à ce nouveau tyran et répond à Cicéron qui l’enjoint de le faire pour garder la vie sauve.

Si une controverse sur l’authenticité de la lettre dont nous donnons l’extrait qui va suivre perdure depuis des siècles, elle n’en est pas moins un document d’une belle force, qui rend hommage de façon plausible au ton de Brutus et à son intransigeance (voir note d’Alain Rodier page 195 du présent ouvrage). Cette digression nous conduit à vous indiquer l’essai d’Anthony Grafton, Faussaires et critiques. Créativité et duplicité chez les érudits occidentaux.

Extrait du chapitre « Un bref espoir », pages 208-209 :


Brutus vient d’apprendre par Atticus que Cicéron serait intervenu récemment auprès de César Octave pour qu’il pardonne aux conjurés et leur permette de revenir à Rome avec les honneurs et la garantie de leur salut. L’intransigeant Brutus aurait alors adressé à Cicéron des mots cinglants, mais […] la réalité de cet écrit n’est pas avérée.

Brutus à Cicéron, salut.
J’ai lu un passage, transmis par Atticus, de ta lettre à Octave. Ton souci ardent de mon salut ne m’a procuré aucun plaisir nouveau, car il m’arrive couramment et même quotidiennement d’entendre parler d’un acte ou d’un propos que ta fidélité et ton désir de nous honorer t’ont inspiré en faveur de notre dignité. Pourtant ce passage adressé à Octave à notre sujet m’a causé la peine la plus vive que mon cœur puisse concevoir.

En effet tu le remercies pour la République en de tels termes, tu uses d’un ton si suppliant et si humble – que vais- je écrire là ? J’ai honte de la situation et des hasards de la fortune, mais pourtant il faut l’écrire – pour lui recommander notre salut – mais quelle mort ne serait pas moins funeste ? – que tu révèles un fait au grand jour : le despotisme n’est pas aboli, mais le despote a changé.

Rappelle-toi les mots dont tu t’es servi et ose nier que ce sont les prières d’un individu asservi à son roi. Tu prétends ne réclamer et n’attendre de lui qu’une chose : qu’il veuille sauver des citoyens tenus en haute estime par les hommes de bien et par le peuple romain. Et s’il allait refuser ? Nous n’existerons pas ? Eh bien ! Mieux vaut ne pas exister qu’exister par la volonté de cet homme. […]

Mais plaise aux dieux et aux déesses de tout m’enlever plutôt que cette idée bien arrêtée, qui m’interdit de permettre à l’héritier de l’homme que j’ai tué ce que je n’ai pas supporté chez ce dernier et même à mon propre père, s’il venait à ressusciter : de permettre qu’il ait, avec mon consentement, plus de pouvoir que les lois du Sénat ! Ou encore es- tu bien certain que les autres citoyens seront libres grâce à un homme dont l’opposition nous interdirait d’avoir place dans cette cité ? […]

Dorénavant, ne me recommande pas à ton cher César, et toi-même non plus, si tu m’en crois. Tu estimes à un prix singulièrement élevé les années que te réserve ton âge, si tu es disposé, pour cette raison, à supplier ce maudit garçon.
Ensuite prends garde que ta magnifique action passée et présente à l’égard d’Antoine, au lieu de la renommée d’un très grand courage, ne te vaille une réputation de peur, car, si tu es d’avis qu’il faille s’adresser à Octave pour solliciter notre salut, tu donneras l’impression d’avoir cherché un maître plus amical, mais non pas voulu éviter un maître. […] Ce qui est sûr, c’est que je ne me coucherai pas devant les chiens couchants et je ne serai pas vaincu par ceux qui veulent l’être, j’essaierai et je tenterai tous les moyens et je ne renoncerai pas à tirer notre cité de la servitude.

Cicéron, Lettres à Brutus, 1, 16, 1-2, 5-7, 9

Brutus, une bibliographie

Plus de 35 ouvrages publiés aux Belles Lettres sont cités dans Brutus, La République jusqu’à la mort. Les voici, accompagnés d’autres pistes de lecture :

pinterestbrutus

brutus1

  • 304 pages
  • Livre broché
  • 12.5 x 19 cm
  • Parution : 13/02/2017
  • 9782251446462
  • 17 €
  • Commander / Memento
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Publié dans Rome, jusqu'à Constantin, Sources

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Lecture à trois. #leonardwoolf #virginiawoolf #mavieavecvirginia #lesbelleslettres #journal #litteratureanglaise #cecilwoolf #19121941 NOUVEAUTÉ #Littérature française XXe siècle > Essais > André #Suarès, Contre le #totalitarisme, textes politiques (1920-1948).
André Suarès (1868-1948), d’une langue souveraine en perpétuelle quête de grandeur et d’absolu, a cerné mieux que tout autre l’essence du totalitarisme en France. Ces textes rassemblés et introduits par Stéphane Barsacq, écrits entre 1920 et 1948,  sont pour la plupart inédits en volume. Ami d’André #Gide, il n’a jamais soutenu Staline. Contemporain de #Maurras, il n’a jamais versé dans le fascisme.
"Je mesure la jeunesse au courage de l’esprit. Cette valeur héroïque se refroidit et tombe la première. Tels restent ardents au corps à corps qui fuient le combat de l’esprit et qui cèdent de bonne heure : le désir de la paix voile beaucoup de lâchetés."
De magnifiques extraits sont disponibles sur le blog des Belles Lettres. Bonne lecture !
#Goûtdesidées #LesBellesLettres #poésie #politique NOUVEAUTÉ Littérature latine > #Religion, #polémique, défense du #christianisme contre le #paganisme :
Tertullien, Œuvres complètes : le plaisir d’un livre unique !
Tout #Tertullien dans l’exquise traduction d’Antoine-Eugène Genoud, accompagnée de la Vie de Tertullien, et de sa Doctrine par Dom Ceillier, le tout dans un livre unique, maniable, relié et cousu, au confort de lecture parfait : la collection #Classiquesfavoris a relevé le défi et est heureuse de vous le présenter aujourd’hui.
Un extrait ainsi que des vues de l'ouvrage sont disponibles sur le blog des Belles Lettres. Jour de parutions aux Belles Lettres : #AynRand en poche, #Ovide en nouvelle traduction, #Tertullien en Œuvres complètes, #Diogène le cynique, manuel de la campagne électorale de Quintus #Cicéron, André Suarès... découvrez toutes ces pépites pour la pensée sur notre site, section Nouveautés (lien en bio). NOUVEAUTÉ Sciences humaines > #Médecine, #santé, #bienêtre > #Philosophie 
Arnaud François, Éléments pour une philosophie de la santé, dans la coll. Médecine&Sciences humaines, aux Belles Lettres.
Y a-t-il une expérience de la santé ? La santé n’est-elle que l’absence de maladies ? Être en bonne santé, est-ce la même chose qu’être « normal » ? Dois-je attendre de voir ce que l’avenir me réserve pour juger de l’état de ma santé ? La différence entre santé et maladie est-elle une différence comme les autres ? Voilà certaines des questions que pose le présent ouvrage, grâce à une méthode qui croise la philosophie avec d’autres types de savoirs : la médecine, la #biologie, mais aussi la #littérature et les #scienceshumaines. Cette étude conduit à confronter l’approche issue de #Canguilhem avec d’autres conceptions philosophiques moins connues en France : celles de #Boorse, #Engelhardt et #Nordenfelt. Il en ressort que les notions de santé et de maladie sont d’un maniement extrêmement délicat du fait de leur imprécision, sans doute irréductible, et du poids idéologique qui est le leur. Elles n’en sont pas moins centrales dans notre expérience et dans les enjeux politiques d’aujourd’hui. 288 pages, 25,50 €. En librairie aujourd'hui. #Vendredixit [Mensonges, vérité et État]
"Le plus terrible n’est pas que si peu de gens osent dire la vérité ; mais que si peu osent la penser. Et la foule innombrable a horreur de l’entendre. Ceux qui méconnaissent la vérité, c’est qu’ils ne sont pas capables de la voir ni de la penser en effet. Que de bravaches et de matamores sont des lâches sur ce champ de bataille. Partout, le cercle des gens au pouvoir, tyrans et leurs séides ou parlements et leur clientèle, sont les pépinières du mensonge et de la lâcheté. Le mensonge est la loi de la vie et de la Cité. La vérité cynique de la force est la loi de la nature. Mais, dans la Cité, cette vérité-là est un mensonge, et le pire. Il permet tous les attentats. L’État est le menteur et le faussaire absolus, à qui on ne demande pas des comptes, et qui n’en rend pas. L’homme n’est vrai que s’il s’élève au-dessus de la nature. L’État l’y aide ; mais il faut que l’homme le rende toujours plus inutile." André Suarès, 11 janvier 1939. Page 123 des textes rassemblés sous le titre "Contre le totalitarisme. Textes politiques (1920-1948)", dans la collection "Le goût des idées", en librairie mardi 14 mars.

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