Jours fastes et néfastes en Chine

Chine

Extrait du Guide Belles Lettres des Civilisations La Chine classique d’Ivan P. Kamenarović :

De même qu’on faisait (et que dans bien des cas on fait encore) appel au géomancie pour définir l’orientation des pièces et des ouvertures d’une maison ou d’un bâtiment avant sa construction, on se renseignait (et on le fait encore) pour savoir si les jours à venir sont fastes ou néfastes.

Pour cela, on a recours à une méthode combinant la désignation des jours par les deux caractères (un tronc céleste et un rameau terrestre) avec le système des correspondances di « yin-yang cinq agents ». Selon ces critères, certains jours sont réputés adaptés à tel ou tel type d’activité, ou encore sont déclarés néfastes à tout dessein. C’est ainsi que par exemple six jours dans le mois sont impropres à la venue d’un médecin dans une maison. Les Chinois ont toujours eu coutume de consulter les sorts avant de fixer une date à laquelle entreprendre quoi que ce soit de déterminant (engagement, contrat, rendez-vous important, inauguration…)

L’expansion rapide de l’imprimerie dès l’époque des Tang permet la diffusion de deux sources importantes d’information pour la vie économique et politique de tout le pays : l’almanach, d’apparition un peu postérieure à la dynastie des Tang, donnant la date des solstices et des équinoxes, ainsi que des informations sur celle des cinq phases (bois, feu, terre, métal, eau) qui est dominante pour chaque jour, et aussi une gazette officielle attestée dans la première moitié du VIIIe siècle, probablement sous forme xylographie, et qui contient les dernières nominations, destitutions, annonces du décès des hauts dignitaires et autres événements intervenant dans les affaires du pays. L’on a donc soin, avant de décider de ce qu’on va faire de sa journée, de s’informer des augures de tous ordres sous lesquels elle se présente.

La journée chinoise commence très tôt, par une salutation devant l’autel domestique, puis un premier repas consistant en riz (ou nouilles), légumes, soupe. S’il n’est pas trop tôt et que l’on vive dans la même maison que ses vieux parents, on leur rendra visite avant toute autre activité, pour s’enquérir de leur santé et de leurs besoins. Les audiences officielles, que ce soit au Palais ou au siège de la magistrature locale, ont souvent lieu dès la quatrième heure (entre 5h et 7h). Les affaires, qu’elles soient administratives ou commerciales, se traitent jusqu’au milieu de l’après-midi, en tenant compte comme on l’a dit des jours et éventuellement des heures fastes et néfastes. L’on ne travaille guère, dans l’Administration et le haut négoce, après le milieu de la neuvième heure (vers 16h).

Alors commence la partie de la journée consacrée aux loisirs, réceptions, visites. C’est à ce moment que les notables reçoivent, une fois traitées les affaires du jour. C’est aussi le moment des visites dans les « quartiers des Fleurs et des Saules », lieux de plaisir où sont installées toutes sortes de restaurants et de maisons de prostitution, ou bien de l’étude pour ceux, nombreux parmi les mandarins, qui possèdent d’abondantes bibliothèques et qui cumulent avec leurs responsabilités administratives une activité de peintre, de poète, de calligraphe.

Si l’on se rend à une fête ou à un banquet, on ne manquera pas, le cas échéant, d’aller saluer auparavant ses parents et de toutes façons l’on s’inclinera devant l’autel domestique avant de se coucher.

En dehors des jours de grandes fêtes, il y a pour chaque activité la fête du Saint-Patron, ancien personnage du métier divinisé après sa mort. Ce jour est consacré aux réjouissances et cérémonies chez soi et dans le temple du Patron. Il est chômé pour tous les membres de la guilde ou les professionnels concernés. Les fonctionnaires ont droit, pour leur part, en dehors des jours précis des fêtes, à un jour de congé par décade, une cinquantaine de jours par an répartis en courtes périodes (généralement à l’occasion des grandes fêtes) et deux ou trois décades tous les trois ans pour retourner dans leur famille.

Bien sûr, il n’en va pas de même pour les petits vendeurs, les artisans ainsi que ceux, bateleurs, courtisanes, jongleurs, chanteurs, dont le métier est de distraire les autres. Quant à la vie paysanne, elle est exclusivement réglée sur les travaux agricoles et, mis à part les jours de grandes fêtes, elle est tout entière consacrée au labeur.

Extrait des pages 140-141.

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Publié dans Passerelles

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