Lucien, Alexandre ou le faux prophète : un oracle raté

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Lucien (0125 – 0192), Alexandre ou le faux prophète. Texte établi et traduit par M. Caster. Introduction et notes par P.-E. Dauzat, coll. Classiques en poche, bilingue grec-français, 2001, XXXIV – 78 p, 6,10 €

Extrait de Lucien, Alexandre ou le faux prophète, 48, traduction de Marcel Caster, notes de Pierre-Emmanuel Dauzat :

Ce coquin a osé bien des choses, mais voici la plus forte de toutes. Écoute. Le crédit de Rutilianus lui ouvrant largement l’accès du palais et de la cour, il y a fait parvenir un oracle au plus fort de la guerre de Germanie, quand le divin Marc Aurèle se trouvait déjà aux prises avec les Marcomans et les Quades[1]. L’oracle voulait qu’on jetât dans le Danube deux lions vivants, avec beaucoup d’aromates et de somptueux sacrifices… Mais mieux vaut citer l’oracle en propres termes :

« Dans les tourbillons de l’Ister formé des pluies de Zeus,
J’ordonne de jeter deux serviteurs de Cybèle,
Deux fauves nourris dans les montagnes, avec tout ce que nourrit l’air de l’Inde
Comme fleurs et plantes ordorantes. À l’instant même viendra une victoire, une gloire immense, avec l’aimable paix
. »

On fit comme il avait ordonné. Mais les lions nagent jusqu’à l’autre bord et arrivent en territoire ennemi ; les barbares les prennent pour quelques chiens ou quelques loups d’une espèce étrangère, et les assomment, à coups de bâtons ; « à l’instant même » nos troupes éprouvèrent ce formidable désastre ou vingt mille hommes environ périrent d’un coup[2]. Il fut suivi de l’affaire d’Aquilée, dans laquelle nous avons bien failli perdre cette ville. Alors pour justifier l’événement, Alexandre nous produisit, bien platement, l’excuse célèbre de Delphes au sujet de l’oracle rendu à Crésus : « Le dieu a prédit une victoire, mais il n’a point expliqué si c’était celle des Romains ou celle des ennemis[3]. »


Notes (de l’ouvrage)

[1] Voir. Hist. Aug. Vit. M. Anton., 12-13.

[2] L’offensive des Barbares et le désastre en question eurent lieu en 166, mais la situation fut vite rétablie.

[3] Il s’agit de la réplique d’Apollon à Crésus, au sujet de l’oracle sur le passage de l’Halys qui causerait la ruine de l’Empire. Voir Hérodote, I. 94. L’épisode était devenu un lieu commun de la critique des oracles.

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