Ingrid Bergman à Cannes, 1973

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Marine Baron, Ingrid Bergman, Le feu sous la glace, Les Belles Lettres, 2015, 212 pages, 19 €

Aujourd’hui s’ouvre le 68e Festival de Cannes, en hommage cette année à Ingrid Bergman qui fut elle-même présidente du jury en 1973.

Marine Baron, dans sa récente biographie de l’actrice Ingrid Bergman, le feu sous la glace, nous relate cet épisode dans ce nouvel extrait :

Au micro de Jacqueline Alexandre, à Cannes, Ingrid Bergman apparaît à la télévision française, radieuse, le visage lisse, la voix grave et le regard mutin, s’exprimant dans un très bon français. Elle fait une présidente du jury particulièrement appréciée, captant l’attention du public et se prêtant aux questions des journalistes avec le sourire.
Durant cet entretien télévisé, elle ne cède pourtant pas à l’obséquiosité, comme toujours, et ses réponses données à la présentatrice qui l’interviewe, si elles ne révèlent pas la moindre pointe de méchanceté, sont d’une étonnante franchise. Deux fois, déjà, je suis venue ici, il y a douze ans et il y a vingt ans… Je me rappelle bien que c’était un enfer et que je me disais : jamais plus je ne veux aller au Festival. Elle sourit, très amusée. À l’époque, j’y étais seulement pour deux jours, et me voilà ici pour deux semaines. Je dois voir deux films par jour… C’est très intéressant et très fatigant… Mais la chose la plus fatigante de toutes, c’est de donner des interviews (1). Elle sourit de plus belle en percevant le trouble de son interlocutrice, mais se soumet de bonne grâce à la suite de l’entretien.
Il se dégage de sa personne, à cet instant, cet esprit de droiture et de liberté qui la caractérise. Elle ne s’embarrasse jamais des banalités de la courtoisie, des phrases toutes faites, des déclarations empruntées qui consistent à dire, lorsqu’on est une vedette étrangère, que l’on adore le pays dans lequel on se trouve et tout ce qu’on vient y faire. Ingrid n’est l’esclave de rien, de personne, et certainement pas de son image. Aussi peut-elle parfois sembler, de temps à autre, manquer de tact. Cependant, lorsqu’elle exprime de la sympathie et se montre chaleureuse, personne ne s’y trompe : c’est une vraie bonté qui ressort de son attitude.
À Cannes, bien qu’un peu fatiguée, elle s’efforce de remplir son rôle du mieux qu’elle peut, avec sérieux. Elle est de toutes les soirées, elle visionne les films avec la plus grande attention et tente de les juger de la manière la plus juste et la plus pragmatique.
Lorsqu’on lui demande quels sont les critères selon lesquels elle appréciera ou non un long-métrage, elle répondra qu’elle le fera tout simplement selon sa valeur, et ce mot est à comprendre de la manière la plus simple qui soit : Quand on sait que les gens doivent se déplacer pour aller au cinéma, parfois faire garder leurs enfants, il faut que cela en vaille la peine (2). Et l’idée de valeur est toujours liée pour elle à la quantité subjective d’émotion qui peut se dégager d’un film, qu’il soit comique ou dramatique.
C’est avec la même simplicité qu’elle échange ses premiers mots de vive voix avec le cinéaste Ingmar Bergman, de quelques années plus jeune qu’elle, et qui lui rappelle soudain son enfance suédoise. Le père d’Ingmar avait été pasteur non loin de chez la vieille tante pieuse d’Ingrid, Ellen.
Cette rencontre la rend quelque peu nostalgique, et d’autant plus impatiente de jouer dans un film de ce réalisateur que celui-ci lui avait écrit une lettre, quelques années plus tôt, lui disant son désir de travailler avec elle. (Pages 185-187)

(1) et (2) : Institut national de l’audiovisuel, Interview de Jacqueline Alexandre, 22 mai 1973.

Lire le début de l’ouvrage.

Marine Baron répond au Questionnaire de la Chouette.

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