Le Harivaṃśa est le sixième ouvrage publié dans la collection « Indika » fondée en 2008 par Michel Angot. Cette traduction d’André Couture rejoint ainsi, sous la reconnaissable couverture orange au Ganesha d’or, quelques-uns des plus importants textes sanskrits édités, traduits et commentés par Michel Angot : le Yoga-Sūtra de Patañjali ou encore certains livres du célèbre traité d’āyurveda, la Caraka-samhita.

Michel Angot est décédé en avril dernier à l’âge de 75 ans. Grand connaisseur de la langue et de la littérature sanskrites, il expliquait qu’il avait étudié le sanskrit auprès des pandits, autrement dit des savants indiens, qui lui avaient enseigné, oralement, selon la méthode traditionnelle, le Veda, sa récitation et sa langue. Il consacra de longues années de son existence à travailler sur les grands textes du yoga (Yoga-Sūtra, Haṭha-Yoga-Pradīpikā), de l’Āyurveda (la principale médecine savante des Indes), sur les traités de grammaire sanskrite et de philosophie de la langue, mais aussi sur nombre d’autres sujets allant de l’histoire à la mythologie des Indes, de la représentation iconographique des fables animalières à l’usage des nombres dans le Veda.
Dans tous ses travaux, Michel Angot a tenté de comprendre la façon dont les Brahmanes pensaient (et pensent) ; il a voulu pénétrer les raisonnements indiens pour se garder d’une unique lecture occidentale des concepts et des réalités décrites. Au lieu de condamner des représentations qui pourraient nous sembler absurdes, il a systématiquement cherché à percer leur signification et leur pertinence dans la façon indienne de concevoir le monde.
Au-delà de son œuvre écrite, Michel Angot était un brillant orateur, capable de captiver autant les spécialistes souhaitant apprendre toutes les subtilités de la récitation du Veda que les néophytes désireux de se familiariser avec la culture indienne. Sa fantastique érudition sur les mondes indiens, alliée à sa maîtrise des techniques oratoires, faisait de chacune de ses conférences ou de ses cours un événement mémorable.
Outre la collection « Indika », Michel Angot a publié aux Belles Lettres L’Inde classique (2001), Histoire des Indes (2017), Le Savoir de la vie. Florilège de l’Ayurveda (2022) ainsi qu’une introduction à L’Instruction utile. Le Hitopadesha (2022).
Nicolas Filicic, éditeur aux Belles Lettres.

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Voici l’une des dernières interviews filmées de Michel Angot, réalisée par Camille Lucidi en février 2024 lors du 6e Festival des Langues Classiques de Versailles :
Pourquoi traduire à nouveau le Harivaṃśa ? par André Couture

La traduction que Les Belles Lettres viennent de publier s’intitule Harivaṃśa ou Lignée de Hari. Une vie traditionnelle de Kṛṣṇa. Il s’agit de la plus ancienne biographie de Kṛṣṇa qui nous soit parvenue. Kṛṣṇa est un personnage phare de l’hindouisme. C’est un immense guerrier que l’on vénère comme un dieu. Bien que des traditions ultérieures le considèrent même comme le Soi ultime ou Paramātman, le Harivaṃśa le présente comme une manifestation de Viṣṇu, dieu déjà présent dans le Veda et dont on dit qu’il entre (viś) partout, qu’il pénètre partout (vyāpin), qu’il est omniprésent (vibhu). L’histoire de Kṛṣṇa semble s’être développée quelques siècles avant l’ère commune ou chrétienne. Impossible d’en arriver à une certitude. J’ai cependant des raisons de penser que la biographie qui nous est parvenue pourrait dater des IIe -IIIe siècle EC. La tradition soutient que cette histoire a d’abord été transmise par le brahmane Vaiśaṃpāyana au roi Janamejaya pendant les interludes d’une immense session sacrificielle de douze années, à la suite de la grande épopée du Mahābhārata. Ce serait l’ultime partie de ce grand texte, destinée à cerner l’identité de ce fameux Kṛṣṇa, une sorte de souverain universel résidant à Dvārakā (sur la côte ouest de l’Inde) et auquel les combattants avaient fait appel pour tenter d’arbitrer le conflit. Le texte se présente donc comme un immense appendice et a souvent été traité comme un ensemble de morceaux, mal organisé, des traditions venant on ne sait d’où, qui se seraient ajoutées tardivement à ce grand texte.
De quoi piquer ma curiosité…
Ce texte inédit du traducteur André Couture vous est offert en intégralité en PDF :

