« Il faut aujourd’hui en France des braises ardentes ! » Hubert Germain livre ses souvenirs d’éternel insoumis

Aujourd’hui centenaire, Hubert Germain a fait partie des premiers Français libres aux côtés du général De Gaulle. Dans ESPÉRER POUR LA FRANCE, il a confié ses souvenirs tonifiants, spirituels et insolents à Marc Leroy. Voici en 90 pages virevoltantes la leçon directe d’une vie qu’il estime heureuse. « Ce sont les enseignements que vous avez tiré [de vos batailles], qui vous ont permis de progresser par la suite, que vous devez transmettre ; le reste n’est que gloriole. »

Vous m’emmerdez avec Germain !
Charles de Gaulle, avril 1961.


– Comment, tu t’en vas ? L’armistice a été signé.
– Mon général, je me fous de votre gouvernement et de cet armistice ! Je vais faire la guerre que vous avez perdue.

Espérer pour la France, page 33

Ils étaient 1038

Extrait de la préface

Ils étaient 1038. Militaires ou civils, Français ou étrangers, fils d’aristocrates, d’ouvriers ou de paysans. Alors que tout semblait perdu, ils ont tout quitté pour vivre dans l’incertitude et écrire une des plus belles pages de notre Histoire.
Ils étaient les Compagnons de la Libération.
Hubert Germain est un des leurs.

[…]

Au soir d’une existence à la densité exceptionnelle, il nous livre ses méditations empreintes d’humanité, de questionnements et de spiritualité. Il nous plonge dans la grandeur et le tragique de l’Histoire, il fait vivre la mémoire de la France libre et des Compagnons.
Hubert Germain est de ceux qui ont réussi à infléchir le cours du destin. Aujourd’hui, il inspire nos vies et nous donne toutes les raisons d’espérer pour la France.
Mes respects, mon lieutenant !

Le général d’armée Thierry Burkhard
Chef d’état-major de l’armée de Terre

« Tiens-toi dans la compagnie des anciens ; si tu trouves un sage, attache-toi à lui » (Si, 6, 34).

Extraits de Espérer pour la France :

Hubert Germain en compagnie de Marc Leroy

Je suis heureux de ce que j’ai vécu mais pas orgueilleux du tout

« Quand, en 2018, le président de la République m’a élevé à la dignité de Grand’Croix de la Légion d’honneur, j’ai passé, seul, dans la cathédrale des Invalides, le temps qui a précédé la cérémonie. J’étais penché sur moi, mon histoire et je me demandais : “Qu’est-ce que tout cela signifie ? Qui es-tu dans cette histoire ? Tu es seulement un petit point de rencontre.” J’ai été au croisement de nombreuses personnes, au croisement de nombreux événements.
Je n’ai aucun mérite, mais j’ai été heureux, et c’est cela que je souhaite raconter. »

*

On était dans une aventure qui nous dépassait et nous pouvions regarder le ciel ensemble, avancer sur le terrain de l’infini ensemble

Nous étions plus prompts que d’autres à nous engager parce que nous voyions la détérioration, les capitulations successives. Il n’y avait alors pas la recherche de nouveaux droits comme aujourd’hui. Il y avait la volonté de faire son devoir, qui était le témoignage de notre amour pour la France. La notion de droit prévaut, hélas, aujourd’hui sur celle du devoir. C’est pourtant important de traverser la vie en étant habité par la notion de devoir, c’est-à-dire en apprenant d’où nous venons, de quoi nous sommes extraits, sur quelle terre ont eu lieu les événements qui nous ont précédés… Il vient un jour où ce qui vous reste, c’est le respect que nous devons avoir pour tous ceux qui se sont sacrifiés et dont nous ne parlons plus. Tous ceux que j’ai pu tuer, même sans le savoir, je les porte également dans mes prières. Ceux que je n’ai pas pu secourir aussi. Mon devoir, aujourd’hui, c’est de penser à eux, alors même que certains doivent être oubliés de leur famille.

L’attitude de beaucoup de Français était honteuse. Cela a achevé de me décider. Il y avait deux sortes de sentiments qui nous animaient. La passion d’abord, et la raison ensuite.
Qu’est-ce qui nous touchait dans cette aventure ? D’abord la diversité sociale des personnes présentes à Londres. Nous avons vécu ensemble des années de combat dures, difficiles, ingrates. Il n’y a jamais eu entre nous de discussion sur nos différences sociales. Il pouvait y avoir le petit agriculteur, l’ouvrier mécanicien et le grand aristocrate ; aucune rivalité n’existait.
Le sang de l’un valait autant que celui de l’autre. En matière de sentiment religieux, c’était pareil : il y avait des juifs, des catholiques, des protestants, des agnostiques, des musulmans.
Aucune rivalité non plus. On était dans une aventure qui nous dépassait et nous pouvions regarder le ciel ensemble, avancer sur le terrain de l’infini ensemble.

En arrivant en Angleterre, en rencontrant le général de Gaulle, j’ai eu l’impression de trouver un deuxième père. Après s’être informé de mon parcours, il m’explique où il va m’envoyer poursuivre ma formation et me dit : « Je vais avoir besoin de vous. » Eh bien, quand, à 19 ans, l’homme qui a pris les affaires de la nation entre les mains vient vous mettre ça dans le cornet, cela vous gonfle la poitrine ! J’ai compris tout de suite qu’avec Churchill, de Gaulle et moi allions gagner la guerre !

*

Le drame dans la guerre, ce qu’il y a de terrible, c’est qu’elle dure

Au début vous partez avec volonté et courage. Puis vous en avez assez de voir les maisons brûlées, démolies, les forêts défigurées dans lesquelles les obus ont éclaté, les cadavres à ciel ouvert… Cela vous rend insensible, aussi.

En Alsace, il y avait un moulin situé au-dessus d’un village. Il faisait un très bon poste d’observation pour la dernière étape que nous préparions en vue de prendre la ville de Marckolsheim avant de déboucher sur le Rhin. J’y ai pris position. Il gelait à -30°C. Il y avait des cadavres allemands près du moulin qui était monté sur un trépied ; donc, pour y entrer, nous avions besoin d’une échelle. J’ai alors demandé à mes hommes de prendre les cadavres allemands gelés et de les disposer comme marchepied. C’était terrible. Quand je suis arrivé en haut du moulin, j’ai compris l’énormité du procédé : « Qu’est-ce qui t’arrive, Hubert ? Pense simplement un peu aux mères de ces hommes en ce moment alors que tu piétines le corps de leurs fils ! » J’étais bouleversé. C’est pourquoi, lorsque certaines personnes vous demandent de raconter une bataille, vous ne pouvez qu’expliquer que cela n’a aucun intérêt. Ce sont les enseignements que vous en avez tiré, et qui vous ont permis de progresser par la suite, que vous devez transmettre ; le reste ce n’est que gloriole.

*

Madame sort de Ravensbrück

Quand j’allais au Cercle des Français libres, j’y trouvais une ancienne déportée, intelligente, très futée, Michelle Simon. Elle était rescapée de Ravensbrück. Son mari, sculpteur et résistant, avait été envoyé dans un autre camp. Il n’est pas revenu. Et elle avait parfois des moments de folie. De temps en temps, nous prenions ensemble un repas dans un bistrot. Je me souviens d’une soirée où nous étions quatre. Tout d’un coup, elle s’est levée et m’a dit : « Hubert, allons-nous-en ! Il y a trop de cons ici ! » Alors les cons se sont mis à gémir. « Sauvez-vous ! », ai-je dit à mes amis et, après leur sortie, je me suis tourné vers les personnes attablées : « Asseyez-vous, fermez vos gueules, je vais vous laisser boulotter tranquillement. Madame sort de Ravensbrück. Vous, vous vous êtes bien saucé la gueule pendant toute la guerre, alors laissez-la tranquille sinon nous serons obligés d’aller plus loin. »

Hubert Germain, Espérer pour la France

Entretiens avec Marc Leroy

Collection Mémoires de guerre – 12,5 x 19 cm, 96 pages, cahier d’illustrations central, 17 €

Paru le 22 octobre 2020, 9782251451411

La lune est claire

« Aujourd’hui, je peux dire que la période la plus heureuse de ma vie a été mon entrée à la Légion étrangère. Il fallait dans ma jeunesse que je sois en avant. Non par orgueil. J’aimais simplement le nez des avions, l’étrave des navires, les locomotives, car tous étaient en avant et, enfant, je me disais que c’est ce que je devais toujours rechercher dans ma vie, le plus difficile. C’est ainsi que j’ai choisi la Légion et demandé à être officier antichars.  » Hubert Germain, Espérer pour la France, page 38.

Le 6 novembre 2020 en librairie, le prochain volume de notre collection Mémoires de guerre donne la parole à neuf officiers de la Légion étrangère qui racontent la dernière décennie de combat de cette unité de légende.

Préface de François Sureau de l’Académie française

Quand cela tourne mal

Depuis la nuit des temps, certains reviennent de la guerre blessés au plus profond de leur âme. Homère et Hérodote s’en faisaient déjà l’écho. Aujourd’hui, un soldat engagé par l’armée française sur dix développe un syndrome dit de stress post-traumatique (SPT). Pour ceux-là, la vie prend la forme d’une guerre sans fin. C’est le thème du nouveau livre de Nicolas Mingasson, Enchaînés. Le traumatisme de guerre au XXIe siècle

Il était déjà l’auteur chez nous de deux ouvrages bouleversants, et nécessaires :

Un devoir de Mémoires

La collection Mémoires de guerre a pour but de publier des textes inédits ou oubliés d’écrivains, de journalistes, de soldats sur les conflits qu’ils ont vécus. À ce jour, trente volumes ont paru.

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