L’Aventure pastorale, de Daniel Ménager : le roman de la Renaissance face à la perte des illusions

À travers quatre auteurs, Cervantès, Jorge de Montemayor, Iacopo Sannazaro et Honoré d’Urfé, Daniel Ménager analyse le roman pastoral de la Renaissance comme dernier lieu utopique où demeurent la bienveillance, la consolation et l’absence d’autorité, une fois perdues les illusions d’un temps enchanté.

La culture encyclopédique et la sensibilité de Daniel Ménager font merveille, tant son écriture est fluide, tant son érudition est amicale.
Le Matricule des anges – Février 2015, à propos du Roman de la bibliothèque

Daniel Ménager

Daniel MénagerDaniel Ménager est professeur émérite à l’Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense. Ses principaux travaux portent sur Ronsard, qu’il a édité dans la « Bibliothèque de La Pléiade », avec Jean Céard et Michel Simonin (deux volumes, 1993 et 1994).

Il a en outre publié : La Renaissance et le rire (1995), La Renaissance et la nuit (2005), La Renaissance et le détachement (2011), L’Ange et l’ambassadeur (2013), et, aux Belles Lettres, L’Incognito, d’Homère à Cervantès (2009) et Le Roman de la bibliothèque (2014).

 

L’Aventure pastorale, au-delà du désenchantement

Extrait du chapitre I, pages 18 et 19. Les notes présentes en bas de page ont été ici retirées.

D’une manière générale, certains critiques veulent croire que le roman pastoral représente un monde enchanté, qu’il ignore tout du péché originel ou de ses équivalents profanes. S’expliquerait ainsi le succès qu’il remporte à la Renaissance, époque, où, selon Marcel Gauchet, c’est plutôt le désenchantement qui prévaut. Les bergers nous rendraient nos illusions, il faudrait vivre avec eux pour échapper aux peines de l’amour, aux horreurs de la guerre et à la loi du plus fort. Ce sont les enchantements du roman pastoral qui inquiètent les moralistes et tous les défenseurs d’une vision « réaliste » du monde, marquée par l’accomplissement un peu triste des devoirs d’état et le respect des rôles distribués par la Providence. Dans cette critique, le curé et le barbier du Don Quichotte précèdent Charles Sorel, dont la sévérité envers l’Astrée est au reste bien connue. Il serait peut-être temps que ces questions soient clarifiées. Il est vrai que tous les auteurs importants sont passés, à cette époque, par le désenchantement. Mais celui-ci n’implique pas le pessimisme. Il n’est même peut-être qu’une étape intellectuelle, une sorte de préalable à l’apparition des vertus héroïques, celles du sage et celles du saint ; ou, à un degré que certains considéreront comme plus bas, de la simple bienveillance. Montemayor, Cervantès et d’Urfé étaient revenus de bien des illusions quand ils ont écrit La Diane, La Galatée et L’Astrée. Leur intention n’était vraiment pas de nous bercer de chants pastoraux dans des décors de rêve. Ils avaient mieux à faire. Ils n’ont pas renoncé à écrire l’éloge des vertus. C’est même parce qu’ils ont placé tous leurs espoirs dans celles-ci qu’ils créent ces personnages de bergers et de bergères qui ont tout le temps d’en parler, et cela dans un climat d’amitié et de bienveillance qui est la marque d’un genre parfaitement improbable. Loin d’être un obstacle à la réflexion, la fiction l’encourage, lui donne le temps et l’espace nécessaires pour qu’elle s’épanouisse. Et quand apparaît un nouveau venu, loin de troubler les échanges en cours, il ne fait que les enrichir grâce à sa propre histoire.

Les vingt premières pages du chapitre I vous sont offertes à feuilleter au format :

Intérieur-Aventure

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