Ivan Maïski, Journal 1932-1943 : un document exceptionnel inédit en France

Littéraires autant que politiques, dans une édition spécialement revue pour l’occasion par Gabriel Gorodetsky, les révélations de l’ambassadeur russe à Londres s’installent en librairie le 22 septembre dans la traduction inédite de Christophe Jaquet (déjà traducteur de Joel Kaye et Wade Davis aux Belles Lettres).

>> Vous trouverez dans cet article : le teaser vidéo du livre, les premiers échos de la presse, une présentation de l’éditeur du volume, un extrait illustré de l’introduction, une bibliographie des ouvrages consacrés à la Seconde Guerre Mondiale aux Belles Lettres et toutes les informations pour vous procurer notre ouvrage.

Premiers échos

« On imagine l’allégresse de l’historien Gabriel Gorodetsky quand il eut accès aux 1 500 pages de notes manuscrites rédigées par Ivan Maïski, ambassadeur d’Union soviétique à Londres de 1932 à 1943. Tout concourait à rendre un tel document exceptionnel : l’importance de la mission diplomatique de Maïski, entamée alors que la probable accession de Hitler au pouvoir annonçait la guerre en Europe ; le contexte soviétique marqué par des purges qui décimeraient le corps des officiers et des diplomates ; le personnage de l’ambassadeur, enfin : homme de culture et de caractère, ce militant révolutionnaire n’hésitait pas à prendre du temps pour rédiger une pièce en vers. » Le Monde diplomatique

« La présente édition est d’une très grande qualité. Le texte du Journal est précédé d’une
introduction biographique, annotée et commentée, mise en rapport avec la correspondance de Maiski et ses Mémoires et illustrée de nombreuses photographies. Ainsi mis en valeur, le Journal constitue une référence de premier ordre pour l’historien de l’entre-deux-guerres et de la Seconde Guerre mondiale. » Thierry Sarmant, Historia

« Ce journal retrouvé va révolutionner l’histoire ! Ses descriptions candides de la scène politico-sociale britannique sont captivantes : un savant mélange d’érudition et de potins, où s’intercalent des portraits non censurés de Churchill, Eden, Chamberlain et Lloyd George. » Nicholas Shakespeare, The Daily Telegraph

« Le journal de Maïski, remarquablement édité par Gabriel Gorodetsky, n’est pas seulement une œuvre d’un intérêt historique majeur. Il offre une perspective absolument fascinante sur les relations anglo-soviétiques et sur la politique britannique pendant la période décisive de 1932 à 1943. » Antony Beevor, historien

« Maïski était intelligent, cultivé et il fut un observateur exceptionnellement fin de la Grande- Bretagne pendant les onze années durant lesquelles il fut ambassadeur à Londres. Le journal de Maïski apporte une contribution résolument neuve à l’historiographie de son temps. » Max Hastings, The Sunday Times

« Magistralement édité par Gabriel Gorodetsky, le journal de Maïski est un must-read pour les aficionados d’histoire diplomatique et tous ceux qui s’intéressent aux hommes influents de l’entre-deux-guerres britannique. » Stephen Kotkin, The Wall Street Journal

« Maïski avait une mémoire phénoménale. Pendant les onze années où il fut en poste à Londres, il a connu cinq premiers ministres, trois rois et des écrivains aussi renommés que George Bernard Shaw ou H. G. Wells. Dans son journal, il restitue leurs conversations au discours direct, comme un texte de théâtre ou le scénario d’un flm. » Rainer Blasius, Frankfurter Allgemeine Zeitung

« Le journal de Maïski est pour ainsi dire le seul journal d’un fonctionnaire soviétique de cette période qui nous soit parvenu. » Bernhard Schulz, Tagesspiegel

« Son journal se lit comme un roman avec dans les rôles principaux les hommes les plus puissants de la Seconde Guerre mondiale. » Focus

« Maïski, outre sa passion de la politique, fut un écrivain particulièrement doué. Il déploie une puissance narrative envoûtante pour décrire les personnages et les scènes, les caractères et les atmosphères de son temps. Cela fait de son journal, outre son importance historique, un vrai plaisir de lecteur. » Uwe Wittstock, Die Presse

Édition du Journal et commentaires

Gabriel Gorodetsky aux Belles Lettres

Extrait de l’introduction de Gabriel Gorodetsky

Document unique et fascinant, le journal d’Ivan Mikhaïlovitch Maïski, ambassadeur de l’Union soviétique à Londres de 1932 à 1943, fait partie des rares journaux tenus par un dignitaire soviétique dans les années 1930 et pendant la Seconde Guerre mondiale [1]. Staline déconseillait fortement à son entourage de prendre la plume et n’autorisait pas la prise de notes dans les réunions au Kremlin. Il ne faut pas oublier qu’« à une époque où les gens, terrorisés, brûlaient leurs papiers et leurs archives », tenir un journal était « quelque chose de risqué. [Ce type de document] était particulièrement ciblé et recherché par la police lorsqu’elle devait fouiller le domicile d’individus suspectés d’être des “ennemis du peuple” ». Le journal de Maïski a d’ailleurs fini par être saisi par le ministère de la Sécurité d’État, avec ses abondantes archives personnelles, après son arrestation, en février 1953 (deux semaines avant la mort de Staline), sur la base d’une accusation d’espionnage pour le compte de la Grande-Bretagne. Gracié en 1955, Maïski mena une longue campagne – qui se révéla, finalement, vaine – pour le récupérer. Le ministère des Affaires étrangères rejeta ses demandes, au motif que le journal « contenait des documents officiels ». On lui accorda seulement un accès limité d’une durée d’un an pendant la rédaction de ses mémoires, mais sans qu’il pût avoir accès à d’autres archives. Le journal est resté inaccessible aux chercheurs pendant plusieurs dizaines d’années.

La sérendipité est souvent à l’origine des découvertes des savants. En 1993, sous l’autorité des ministères des Affaires étrangères israélien et soviétique, j’ai lancé un projet de recherche dont le point culminant fut la publication officielle et conjointe de documents sur les relations israélo-soviétiques. Il est difficile de décrire l’enthousiasme qui s’empara de moi quand, alors que je cherchais des informations sur l’implication de Maïski dans la décision soviétique de soutenir le plan de partition de la Palestine, en 1947 , l’archiviste du ministère russe des Affaires étrangères sortit d’un tas de paperasses le journal volumineux de Maïski pour l’année 1941, si riche d’événements. Aucun document personnel d’une telle étendue, d’une telle valeur et d’une telle dimension n’avait encore été exhumé des archives soviétiques pour jeter un éclairage nouveau sur la Seconde Guerre mondiale et ses origines. En en parcourant le premier volume, j’ai été immédiatement frappé par sa franchise et son immédiateté, par les intuitions vives et pénétrantes de Maïski, mais aussi par la beauté de sa prose. Le journal, qui compte environ, en russe, un million de mots, retrace de façon minutieuse les activités, les observations et les conversations de l’omniprésent ambassadeur soviétique à Londres. Maïski tapait ses impressions de la journée le soir, mais certaines entrées manuscrites (absentes, cela mérite d’être noté, de l’édition russe) ont souvent été écrites à l’abri de l’œil de Moscou (en français dans le texte) dans son bureau de l’ambassade.

Page journal Maiski

L’édition française du journal de Maïski est une version abrégée de The Complete Maisky Diairies, qui a été publiée en trois tomes par Yale University Press. J’ai souhaité faire ce volume pour rendre le journal plus accessible à un public plus large. Les éléments du journal retenus pour l’édition française comprennent la plupart des entrées de l’édition complète qui regardent la France ; en ont été supprimées certaines entrées concernant exclusivement les affaires britanniques intérieures. (Les suppressions qui ont été faites sont indiquées par des points de suspension mis entre crochets. Partout où Maïski fait lui-même usage de points de suspension, ceux-ci sont reproduits sans crochets et sans espace les séparant du mot qui précède.) Si Maïski a bien sûr raconté les événements depuis la position unique qu’il occupait à Londres, il s’est particulièrement intéressé, jusqu’à l’éclatement de la guerre, aux tentatives faites pour forger une triple alliance franco-soviéto- britannique pour faire barrage aux intentions expansionnistes d’Hitler. Le journal contient des révélations sur le rôle de la France lors de la conférence de Munich, qui conduisit à l’occupation de la Tchécoslovaquie, et dans les négociations avortées du pacte tripartite de 1939. On trouvera aussi dans cette édition des entrées passionnantes sur la débâcle française de 1940 et les relations entre Churchill et de Gaulle. Enfin, cette édition a été dépouillée de son vaste appareil critique, que le lecteur intéressé pourra trouver dans l’édition complète en trois volumes.

Maiski et Bonnet

La traduction française a été volontairement faite, non pas à partir du texte original en russe, mais à partir de la remarquable traduction anglaise du journal. En effet, la plus grande partie du journal relate des conversations, en anglais, entre Maïski et ses interlocuteurs britanniques. Le texte original en russe est donc, en ce sens, une traduction, par Maïski, de ces conversations. Or il se trouve que j’ai eu la chance de travailler avec les meilleurs traducteurs littéraires du russe vers l’anglais, et qu’ils ont réussi à recréer le ton, le style et l’atmosphère – parfois très british – de l’époque. Si bien que cette traduction anglaise peut être considérée, paradoxalement, comme plus fidèle que le texte de Maïski en russe. Cela est d’autant plus vrai que Maïski était doté d’une mémoire exceptionnelle, qui lui a permis de retranscrire mot pour mot ses innombrables conversations.

Le processus de déclassification puis de publication de ce type de documents en Russie (condition juridique nécessaire à leur publication en Occident) a été long et difficile. Le travail éditorial sur la version russe a été l’œuvre de l’Institut d’histoire générale de l’Académie russe des sciences, sous la direction de son directeur, Alexandre Oganovitch Choubarian, et de Vitali Iourevitch Afiani, son directeur des Archives, où se trouvent les vastes archives personnelles de Maïski. Leur édition, si compétente soit-elle, porte toutefois l’empreinte du point de vue officiel et tend à aller dans le sens de l’historiographie russe traditionnelle concernant les événements qui ont conduit à la Seconde Guerre mondiale.

Le commentaire et les notes du présent volume ne ressemblent en rien à ceux de l’édition russe. J’ai d’abord été tenté de réduire toute intervention éditoriale au minimum pour laisser Maïski raconter lui-même son histoire. Il est cependant apparu qu’un commentaire contextuel relativement détaillé était indispensable, considérant le contexte de répression dans lequel Maïski a tenu son journal, à un moment où la tempête faisait rage aux portes de sa propre ambassade, contexte qui l’a, par exemple, contraint à laisser de nombreux vides dans un récit qui se caractérise, par ailleurs, par une très grande richesse d’informations. Craignant que le journal ne fût confisqué et pût ne jamais être connu des générations futures, Maïski en a, en réalité, conservé au moins trois copies. Le commentaire ne se contente donc nullement, comme le veut la pratique courante, de donner au lecteur des outils auxiliaires de base : il met en correspondance les entrées du journal de Maïski avec la volumineuse correspondance de ses archives privées (que j’ai exhumées à Moscou), avec les télégrammes qu’il envoyait au ministère russe des Affaires étrangères, avec les mémoires apologétiques qu’il écrivit avec le recul que lui donna son arrestation, et avec une multitude d’autres sources archivistiques. […]

Pages 11-15.

Maiski et Churchill


Se procurer le Journal d’Ivan Maïski

Traduit de l’anglais par Christophe Jaquet.

Journal-Ivan-Maiski

 

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