Marc Aurèle, Pensées pour moi-même (extrait)

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Extrait de Pensées pour moi-même de Marc Aurèle, édité aux Belles Lettres en novembre 2015 dans une édition intégrale agrémentée de 24 illustrations originales de Scott Pennor’s :

Dès l’aurore, dis-toi d’avance : Je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un fourbe, un envieux, un égoïste. Tous ces vices ont été causés en eux par l’ignorance des biens et des maux. Mais moi, ayant observé que la nature du bien, c’est le beau, et que celle du mal, c’est le honteux, et que la nature du pécheur lui-même est d’être mon parent, qui participe, non du même sang ou de la même semence, mais de l’intelligence et d’une parcelle de la divinité, je ne puis subir un dommage d’aucun d’entre eux, car il ne saurait me couvrir de honte. Je ne puis non plus me fâcher contre mon parent ni le haïr, car nous sommes faits pour coopérer, comme les pieds, les mains, les paupières, les deux rangées de dents, celle d’en haut et celle d’en bas. Agir en adversaires les uns des autres est donc contre nature. Or c’est traiter quelqu’un en adversaire que de s’emporter contre lui ou de s’en détourner.

Tout ce que je suis se réduit à ceci : la chair, le souffle, le guide intérieur. Renonce aux livres, ne te laisse plus distraire, ce ne t’est plus permis ; mais à la pensée que tu es moribond, méprise la chair : elle n’est que de la boue et du sang, des os et un fin réseau de nerfs, de veines et d’artères. Vois aussi ce qu’est ton souffle : du vent, et non toujours le même, car à chaque instant tu le rejettes pour en aspirer d’autre à nouveau. Reste donc, en troisième lieu, le guide intérieur. Penses-y ! Tu es âgé ; ne permets plus qu’il demeure esclave, qu’il obéisse, comme une marionnette, aux instincts égoïstes, qu’il se fâche contre la destinée présente, ni qu’il appréhende celle à venir.

Les oeuvres des Dieux font éclater une providence ; celles de la Fortune ne laissent pas de dépendre de la nature ou d’être tissées et entrelacées avec les événements régis par la providence. Tout découle de là. En outre, ce qui arrive est nécessaire et contribue à l’intérêt général de l’univers dont tu fais partie. D’ailleurs, pour toute partie de la nature, le bien, c’est ce que comporte la nature universelle et ce qui est propre à la conserver. Or, le monde se conserve aussi bien par la transformation des composés que par celle des éléments. Que ces pensées te suffisent, qu’elles soient toujours pour toi des principes. Et quant à ta soif de lecture, rejette-la, afin de mourir, non le murmure aux lèvres, mais vraiment satisfait et le coeur pénétré de la reconnaissance envers les Dieux.

Rappelle-toi depuis combien de temps tu remets à plus tard et que de fois, ayant obtenu des Dieux des renouvellements d’échéance, tu n’en profites pas. Il faut enfin comprendre dès maintenant de quel univers tu fais partie, de quel être, directeur du monde, tu es une émanation, et que ta vie est étroitement circonscrite dans le temps. Si tu ne profites pas de cet instant pour te rasséréner, il passera, tu passeras et ce ne sera plus possible.

 

Extrait des pages 15 à 17.

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