L’École à Pompéi

Extrait de Pompéi et la Campagnie antique, de Jean-Noël Robert, chapitre La culture et la vie littéraire:

Le terme qui désigne l’école est ludus, mot qui signifie jeu. Mais le jeu consiste à répéter et à imiter ce que fait un autre et le mot s’applique aussi à la désignation d’un lieu où l’on fait des exercices.
L’école consiste donc à répéter ce que dit le maître. Et le premier apprentissage, dans une région où l’on parle souvent le grec avant le latin, consiste à savoir lire dans les deux langues. Tout commençait par l’alphabet, mais, comme les livres étaient rares et coûteux, les enfants utilisaient des tablettes de cire et un stylet de bois ou de métal. Ainsi pouvaient-ils effacer facilement leurs erreurs. Et on a retrouvé en plusieurs endroits des alphabets inscrits sur les murs, parfois à hauteur d’enfant, pour servir de référence. Certains manuels se présentaient comme une méthode d’apprentissage d’une langue étrangère (ici grec-latin) sous la forme de la conversation courante.
Le procédé a été réutilisé depuis avec succès, sans que nous puissions dire si la première phrase répétée par les petits Campaniens était, par exemple : « Mon patron est riche »…

Ceux qui fréquentaient le grammaticus complétaient leur apprentissage par des notions de littérature (ils apprenaient beaucoup de textes par coeur), d’histoire, de géographie, de droit (pour être capables de gérer plus tard leurs affaires, voire de participer à la gestion de celles de la cité) et d’un peu de calcul (bien que, dans le domaine scientifique, l’enseignement romain eût toujours montré des faiblesses certaines). Les maîtres de secondaire sont parfois bien connus. À Pompéi, quelques noms nous sont parvenus par le truchement des affiches électorales, comme ceux de Verna, Valentinus ou Saturninus. Ce dernier fut en son temps le propriétaire de la plus belle maison de la ville, celle du Faune, ce qui laisse penser qu’il s’agissait d’un notable et montre l’intérêt que les Pompéiens portaient à
la culture. Mais, généralement, les professeurs sont des affranchis, comme les deux autres cités.

Où se tenait l’école ? Curieusement, à Pompéi, aucun lieu n’a été identifié comme celui d’un ludus. En fait, pour ce qui concerne le primaire, l’école peut se dérouler un peu partout, généralement en plein air, sous un portique, ou dans une boutique ouverte sur la rue et que masque parfois un simple rideau. Le maître officie devant tout le monde. Et il n’est pas écouté de ses seuls élèves. Les pédagogues, esclaves dont la fonction est de conduire les enfants dans leurs déplacements et, souvent, de jouer les répétiteurs de retour à la maison, assistent à la classe. Certains parents se joignent à eux, notamment quand ils doivent choisir une école pour leur progéniture et veulent juger des compétences des différents maîtres. Il faut alors imaginer le brouhaha qui règne dans une classe, avec le bruit de la rue et les bavardages des adultes présents. Les enfants ne sont pas en reste, et il semble qu’ils n’aient pas toujours été des modèles d’attention,
d’après les témoignages. Une frise qui se trouvait dans une pièce des bains de la maison de Julia Felix (peinte à 2,50 m au-dessus du sol) reproduit des scènes de vie saisies probablement au forum de Pompéi. On y remarque notamment un maître, vêtu d’un manteau, qui surveille trois élèves assis sur des tabourets (ou sur un banc – il n’y a pas de tables à l’école) absorbés par la lecture des tablettes posées sur leurs genoux tandis qu’une scène animée se déroule juste à côté d’eux : un élève dénudé, maintenu par les bras sur le dos d’un camarade, les jambes tenues entravées par un autre, expose son derrière aux coups de verge qu’un homme lui inflige. Cette raclée publique apparaît comme un châtiment violent et laisse à penser que le magister ne badine pas avec la discipline.

Illustration tirée de l'ouvrage, page  198.

Illustration tirée de l’ouvrage, page 198.

Si cette scène évoque une école située peut-être au forum, des inscriptions gravées sous le portique de la grande palestre, à l’autre extrémité de la ville, montrent que des maîtres d’école s’installaient là aussi pour dispenser leur enseignement. L’un d’eux a écrit : « Que ceux qui m’ont réglé leurs frais de scolarité reçoivent ce qu’ils demandent aux dieux ! » Ce qui signifie que les parents oubliaient parfois de payer le maître. Il se trouve qu’une liste de noms complétée de sommes d’argent est inscrite près de ce vœu pieux. Certains archéologues en ont déduit qu’il s’agit peut-être des comptes de ce malheureux maître. On comprend que son travail, mal rémunéré, était d’autant plus ingrat qu’il devait s’occuper de plusieurs niveaux d’apprentissage à la fois (déjà la pédagogie différenciée !) sans obtenir en retour la considération et la reconnaissance dues à ses efforts. Heureusement, il jouissait d’abondantes vacances : outre les nombreuses périodes festives (saturnales, quinquatries, de plusieurs jours chacune par exemple, sans oublier les nundinae, jour de repos quasi hebdomadaire), les grandes vacances s’étalaient de la mi-juin à la mi-octobre. Mais le magister, souvent un affranchi qui devait gagner sa vie, se trouvait dans l’obligation de travailler pendant cette longue période de quatre mois. (pages 196 à 199)

Jean-Noël Robert, Pompéi et la Campanie antique, Guides Belles Lettres des Civilisations, 2015, 352 pages, 19 €.

Jean-Noël Robert, Pompéi et la Campanie antique, Guides Belles Lettres des Civilisations, 2015, 352 pages, 19 €.

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Publié dans Passerelles, Regards sur l'Antiquité gréco-romaine

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