Le respect des chasseurs-pêcheurs Inuit envers les animaux

Notre poisson d’avril accroché ce jour nous vient du territoire du Nunavut ( de l’Inuktitut – langue des Inuit – ᓄᓇᕗᑦ qui signifie notre terre)… créé le 1er avril 1999 au Nord du Canada. L’extrait qui suit est tiré du livre Les Inuit de Michèle Therrien (Guide Belles Lettres des Civilisations, 2012), première synthèse complète après les travaux de Jean Malaurie.

Beluga. Illustration extraite de la page 216 du livre.

Beluga. Illustration extraite de la page 216 du livre.

Les Inuit avouent être heureux au grand air, même si la température est froide, de même qu’ils disent être plus ouverts, plus généreux et plus tolérants lorsqu’ils ont l’occasion de partir régulièrement à la chasse ou à la pêche en compagnie des membres de la famille ; le contact avec la nature et avec le monde animal les aide à dépasser les contrariétés du quotidien. Contempler le paysage, se déplacer en mer ou à l’intérieur des terres, savourer la vie sous une tupiq ou un iglu pendant quelques jours ou le temps des vacances, retrouver des odeurs, des sons, des couleurs qui se répondent, voilà des expériences qui font de l’Inuk un être pour qui le temps individuel se situe au voisinage du temps social et du temps cosmique.
L’initiation à la chasse et à la pêche commence très tôt dans la vie et il n’est pas rare de voir un enfant de trois ans participer à une partie de pêche sur un lac gelé. Emmitouflé et protégé du vent par un muret fait de blocs de neige, il participe aux activités assis sur une peau de caribou tout près du trou pratiqué dans la glace. Des années plus tard, on montre encore fièrement la photo prise à l’occasion de cette expérience de la « première fois ». Les poissons capturés sont disposés en cercle autour du trou, la tête pointant vers l’eau par respect pour l’âme du poisson. On en consomme un ou deux sur place et lorsque l’on tombe sur le dernier petit os de la tête, on s’exclame tuurnganga ! (« son esprit auxiliaire ! »). La pêche est souvent l’affaire des femmes, notamment la pêche au kanajuq (« chabot », Cottidae) qui a lieu sur la banquise au début du mois de juin lorsque la glace commence à se fissurer. Si l’initiation à la pêche se passe en général dans un climat rassurant, en revanche, les enfants ne peuvent oublier l’effroi qu’ils ont ressenti à la vue d’un groupe de morses approchés pour la première fois. D’autres avouent avoir été très émus face au premier phoque ou premier caribou abattu.

La chasse n’étant pas considérée comme un loisir, son apprentissage est exigeant. Il y a encore peu de temps, les garçons et les filles étaient réveillés en pleine nuit par leur père et devaient sortir pour préparer les chiens et le traîneau. Le départ avait lieu à l’aube et la journée se passait sans boire ni manger. En l’absence de poêle Primus, on emportait une lampe à huile. Certes, les conditions d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui puisque les Inuit ne dépendent plus exclusivement du gibier pour vivre. Néanmoins, comme le fait remarquer Vladimir Randa, les jeunes apprennent dès leur petite enfance, et tout au long de leur adolescence, à respecter les animaux. Les codes de bonne conduite exigent de ne pas faire souffrir inutilement un animal (même minuscule, un moustique, un petit rongeur), de ne pas le tuer sans raison, de ne pas s’en moquer, de ne pas prononcer des paroles offensantes en sa présence, de ne pas abattre un caribou albinos né, dit-on, d’un oeuf que la terre materne, de ne pas se vanter d’être un bon chasseur ou d’avoir de la chance, de ne pas abandonner sur la toundra des parties du corps de l’animal après le dépeçage (sauf par exemple les sabots d’un caribou). En cas de non-respect de ces interdits, survient, à un moment inattendu, un événement malheureux voire tragique (maladie, perte d’un emploi, dissension familiale, décès).

Alors que les chasseurs ont toujours considéré que les animaux s’offraient aux humains à condition de se montrer respectueux, les gouvernements, sous la pression des biologistes et des associations de la protection de la faune, imposent depuis plusieurs années des quotas concernant l’ours polaire, le narval, la baleine du Groenland et le morse. En revanche, les prises de phoques annelés, de phoques barbus ainsi que de caribou ne sont pas soumises à restriction. Selon les régions, les bélugas sont contingentés ou non. Les gens âgés comprennent mal le bien-fondé de ces réglementations venues de l’extérieur alors que les chasseurs s’imposent à eux-mêmes des règles contraignantes inscrites dans une réflexion générale sur la solidarité entre humains et animaux. (Pages 215-216)

Muchèle Therrien, Les Inuit, GBLC, 2012, 272 pages, 17,50 €

Michèle Therrien, Les Inuit, GBLC, 2012, 272 pages, 17,50 €

Jusqu’au 31 mai 2015, le livre Les Religions du Monde de Nadine Goursaud est offert pour l’achat de deux Guides Belles Lettres des Civilisations.

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Publié dans Coulisses

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