Dix ans en Amérique du Sud avec La Condamine, explorateur des Lumières

Parti en mai 1735 mesurer un angle de méridien et mettre un terme à la longue querelle scientifique autour de la forme de la Terre, Charles-Marie de La Condamine, homme de science, affrontera durant dix ans, outre la rudesse du climat de la cordillère des Andes, les tensions, les rancœurs et les intrigues qui agitent les membres de cette expédition.

Mathématicien, astronome, voyageur… Charles-Marie de La Condamine correspond presque de manière exemplaire à l’image du savant du XVIIIe siècle. Proche des milieux lettrés, à la fois membre de l’Académie des sciences et de l’Académie française, ami de Voltaire, proche des encyclopédistes, La Condamine, s’il n’est jamais entré dans le cercle très fermé des grands philosophes de son siècle, est véritablement un homme des Lumières. Une partie de sa vie, celle qui est l’objet de ce livre, en illustre l’un des aspects : l’expansion intellectuelle de l’Europe vers d’autres espaces, le plus souvent colonisés, à travers des missions d’exploration scientifique. La Condamine n’est pas l’homme d’un seul voyage. Il s’était embarqué en 1731 dans l’équipage de Duguay-Trouin autour de la Méditerranée, de Marseille à Jérusalem, d’où il rapporta des observations scientifiques. Bien plus tard, son dernier voyage en 1755 l’emmènera en Italie. Mais ces voyages ne peuvent se mesurer à la grande expédition de cet « ambulant philosophe », selon le mot de Voltaire : son séjour en Amérique du Sud, de Quito à Cayenne, entre 1735 et 1745.

La Terre est un sphéroïde aplati aux pôles

Revenu en France en 1745, après dix ans d’absence, La Condamine prononce devant une assemblée publique de l’Académie des sciences le récit de son voyage le long de l’Amazone, de l’actuel Équateur jusqu’à Cayenne. La descente de l’Amazone n’était pourtant pas le but du départ de l’académicien en 1735. En compagnie des académiciens Louis Godin, Pierre Bouguer et Joseph de Jussieu, et d’autres hommes de science (l’ingénieur Morainville, les topographes Godin des Odonais, Verguin et Couplet, le chirurgien Seniergues et l’horloger Hugot), La Condamine s’embarque à La Rochelle le 16 mai 1735 pour la province de Quito, alors dans le vice-royaume du Pérou. Cette partie de la cordillère des Andes avait été choisie par l’Académie comme le lieu propice à la réalisation de mesures géodésique pour déterminer le plus précisément possible la forme du globe terrestre. Deux expéditions scientifiques sont envoyées : l’une au Pérou, au plus proche de l’équateur ; l’autre, un an plus tard, en Laponie, au plus près du pôle Nord. L’expédition lapone, dirigée par Maupertuis, revient au bout d’un an de travaux, triomphante : la Terre est un sphéroïde aplati aux pôles. De l’autre côté de l’Atlantique, les choses se passent avec moins de succès : les montagnes de Quito se révèlent moins praticables que prévu, les relations entre les membres de l’expédition s’enveniment, deux voyageurs meurent, l’un de maladie, l’autre est assassiné, l’administration coloniale n’apprécie parfois guère la présence de scientifiques étrangers et le fait savoir, l’argent manque constamment. Les opérations de mesure et les observations astronomiques nécessaires sont finalement réalisées : les résultats concordent bien avec ceux de l’expédition en Laponie, mais cela n’excite plus les mêmes passions qu’à la dernière décennie. La Condamine choisit de rentrer en France en descendant l’Amazone dans l’espoir de créer la première carte fiable de ce lieu encore peu connu, et d’accumuler des observations sur la faune et la flore amazonienne. Louis Godin, Joseph de Jussieu, Jean Godin des Odonais, eux, restent encore quelques dizaines d’années en Amérique du Sud, de gré ou de force. Pierre Bouguer rentre en France avant La Condamine en s’embarquant à Carthagène des Indes. Il arrive un an avant et annonce devant l’Académie les résultats de ses mesures, qu’il présente comme ceux de l’ensemble de l’expédition, sans les avoir fait approuver par son collègue. La Condamine ne supporte pas cet affront. Il publie en 1751 son journal de voyage et les résultats de ses mesures dans un double volume. Cette publication est en même temps un réquisitoire contre Bouguer. Les deux hommes entrent alors dans une querelle scientifique, par publications interposées, qui ne prend fin qu’à la mort de Bouguer.

C’est un double voyage que cette édition donne à lire

C’est un double voyage que cette édition donne à lire : le récit du voyage sur l’Amazone, publié dès 1745, et le journal des dix années de voyage en Amérique, publié en 1751. Ces deux récits, s’ils font partie du même grand voyage, se lisent comme deux expéditions distinctes. Ils diffèrent par les enjeux scientifiques auxquels ils répondent, par leur écriture, par les espaces traversés et les modalités de leur publication. Il s’agit donc bien de deux voyages complémentaires, qui forment l’intégralité des aventures de La Condamine en Amérique méridionale.

Matthias Soubise, Introduction.

Matthias Soubise est agrégé de Lettres modernes et doctorant à l’École Normale Supérieure de Lyon et à l’université de Neuchâtel. Ses recherches portent sur les représentations de l’Amérique du Sud dans la littérature française du XVIIIe siècle.

Illustrations inédites de Benjamin Van Blancke
Contient un cahier hors texte de reproductions

« Personne n’ignore que depuis dix ans plusieurs astronomes de l’Académie ont été envoyés par ordre du roi sous l’équateur et au cercle polaire, pour y mesurer les degrés terrestres, tandis que d’autres académiciens faisaient en France les mêmes opérations.

Sous un autre règne, tous ces voyages avec l’appareil et le nombre d’observateurs qu’ils exigeaient, n’auraient pu être que le fruit d’une longue paix. Sous celui de Louis XV ils ont été conçus et heureusement exécutés pendant le cours de deux sanglantes guerres ; et tandis que les armées du roi volaient d’un bout à l’autre de l’Europe pour le secours de ses alliés, ses mathématiciens dispersés sur la surface de la Terre, travaillaient sous les zones torrides et glacées, au progrès des sciences, et à l’avantage commun des nations. »


CHARLES-MARIE DE LA CONDAMINE
Voyages en Amérique


Edition et introduction de 65 pages : Matthias Soubise
Illustrations : Benjamin Van Blancke

Livre broché, couvertures à rabats • 15.4 x 22.6 cm • 460 pages
23,90 € • Cartes, Bibliographie

♦ En librairie le 3 décembre 2021


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