Tout César en nouvelle traduction

Une nouvelle traduction des Guerre des Gaules et Guerre Civile de César en un volume avec notes et introductions rejoint la collection Editio Minor.

Édition dirigée par Jean-Pierre De Giorgio. Introduction et traduction d’Isabelle Cogitore, Marianne Coudry, Jean-Pierre De Giorgio, Sabine Lefebvre, Stéphanie Wyler. Notes de Marianne Coudry. Cartes de Sabine Lefebvre.
Texte établi par L.-A. Costans (Guerre des Gaules, 1926) et par P. Fabre (Guerre civile, 1936).

Contient :

Remerciements
Introduction (33 pages)
Annexe : le vocabulaire césarien des bateaux
Cadre chronologique du récit

Guerre des Gaules
Introduction à la Guerre des Gaules
Sommaire de la Guerre des Gaules
Livres 1 à 8

Guerre civile
Introduction à la Guerre civile
Sommaire de la Guerre civile
Livres 1 à 3

Bibliographie. Index des noms de lieux et de peuples. Index des noms de personnes. Table des illustrations

Extraits de l’introduction générale :

Tout César… mais seulement César

Fruit d’un travail collectif de plusieurs années faisant intervenir historiens et spécialistes de littérature, l’ouvrage que le lecteur tient entre ses mains s’est donné pour ambition de rendre les Guerres de César, appellées Commentaires, dans un français d’aujourd’hui, accompagné de notes faisant le point sur les recherches les plus récentes.

Nous avons voulu rendre à César ce qui est à César l’écrivain, c’est-à-dire son incomparable prose, efficace, rapide, fulgurante parfois, qui fait que le lecteur est tenu en haleine de bout en bout. Nous avons voulu rendre à César ce qui est à César le politique, conquérant génial et « dictateur démocrate » – sans doute l’homme d’État le plus connu de tous les temps – en éclairant de manière simple et savante les enjeux historiques et en dotant ce volume de nombreuses cartes.

Les candidats aux concours et leurs préparateurs risquent d’être parfois surpris en lisant nos propositions : nous avons fait le choix de privilégier la langue cible pour favoriser une lecture continue du texte avec, à l’occasion, des anachronismes conscients qui ne seraient pas acceptés en version latine 1. Nous espérons néanmoins qu’il sera utile aux étudiants, notamment en lettres et en histoire, mais aussi à un public curieux souhaitant découvrir ou redécouvrir les campagnes césariennes dans un récit suivi, avec ses péripéties et son rythme propre, et en comprendre le contexte et les enjeux, mais aussi apprécier ses procédés littéraires caractéristiques de la culture de l’époque, micro-récits exemplaires, morceaux d’éloquence virtuoses, et ses digressions ethnographiques parfois déroutantes.

Nous avons traduit tout César, mais seulement César. Les textes du Pseudo-César (Guerre d’Alexandrie, Guerre d’Afrique, Guerre d’Espagne) ne figurent pas dans cette édition. Quant au livre 8 du Bellum Gallicum, réputé avoir été écrit par Hirtius, il n’a pas été traduit par nos soins et, s’il figure dans ces pages, c’est à titre documentaire, pour assurer la liaison avec le Bellum Ciuile, et dans la traduction de L.-A. Constans (1926). Le texte latin qui a servi de base à notre traduction est celui des éditions de la Collection des Universités de France, sauf dans quelques rares cas signalés dans les notes.

Pourquoi lire César au XXIe siècle ?

[…] un lecteur occidental a de multiples raisons d’être intéressé aujourd’hui par les Commentarii de César. La principale est que, au même titre que les mémoires des grands hommes politiques du XXe siècle, ils sont dus à un acteur de premier plan de la vie publique de Rome à un moment crucial de son histoire, le basculement de la République dans l’anarchie politique, la violence et la guerre civile, dont seul le nouveau régime installé par Auguste marque la fin. Ils représentent des « témoignages » uniques. Le premier, le Bellum Gallicum, porte sur l’une des conquêtes majeures de Rome qui étend sa domination jusqu’à l’océan Atlantique et au Rhin : celles de Pompée en Orient, tout aussi importantes, ne nous sont connues qu’indirectement par des historiens postérieurs comme Cassius Dion ou des biographes comme Plutarque, et Pompée lui-même n’en avait pas fait le récit, laissant ce soin à un historien qui l’accompagnait. Le second, le Bellum Ciuile, témoigne d’un conflit politique interne issu de la rivalité entre César et Pompée, aggravé par l’acharnement des membres les plus influents du Sénat à faire obstacle à la domination de ces grands généraux. Ces heurts dégénèrent en une guerre civile opposant, non seulement en Italie mais d’un bout à l’autre de l’Empire, des armées immenses conduites par des chefs qui prétendent chacun défendre une juste cause. Là encore, aucun récit comparable, délivré par un acteur de premier plan, ne nous est parvenu, et, dans ce cas aussi, seuls des historiens postérieurs comme Appien et Cassius Dion ont décrit ce conflit.

Ces deux œuvres ne constituent cependant en rien des « témoignages » : le récit de César n’est jamais neutre, malgré les apparences qu’il se donne. C’est une version des faits, que parfois nous avons la chance de pouvoir confronter à une autre, en particulier celle de Cicéron, dont les lettres sont précieuses pour donner un aperçu de l’écho soulevé dans les milieux sénatoriaux par les actions de César, comme conquérant de la Gaule puis comme « putchiste ». L’objectif de nos notes est de permettre au lecteur cette prise de distance. (…)

Traduire César dans un français d’aujourd’hui

Proposer une nouvelle traduction des œuvres de César, c’est considérer qu’elles présentent un attrait pour le lecteur actuel et qu’aborder ces textes dans la langue d’aujourd’hui permet de jeter sur eux un regard neuf et d’être captivé par leurs caractéristiques originales. De fait, on ne saurait entreprendre une nouvelle traduction sans prendre en considération toutes celles qui ont précédé, ni tenir compte du lecteur pour qui on traduit. Les innombrables traductions de César qu’on peut trouver ont mis en avant tantôt le génie stratégique du grand général, tantôt son génie politique, tantôt la qualité de ses informations géographiques, ethnographiques, topographiques… Cette liste pourrait ne pas avoir de fin. Pour nous, la réponse aux choix qu’impose une traduction est venue précisément de la prise en compte des lecteurs pour qui nous avons œuvré. Le lecteur de 2020 n’est pas celui du début du XXe siècle, encore moins celui de l’Antiquité. La littérature s’est développée selon des courants qui ont vu la naissance du genre romanesque, et des auteurs comme Proust ou Joyce ont amené une nouvelle façon de faire partager la pensée et le flux de conscience. Que peut chercher – et trouver – le lecteur actuel dans les œuvres de César ? Une réponse s’est imposée au fur et à mesure que nous traduisions : ce qui « parle » aujourd’hui dans ces textes est le récit, la narration d’événements dont, certes, la présentation résulte de stratégies littéraires et/ou politiques, mais qui surtout constituent une trame serrée, d’où ressortent parfois des épisodes dramatiques et dans laquelle des prises de parole viennent varier les plaisirs. La mise en valeur de la narration nous est apparue comme le meilleur moyen d’offrir au lecteur un plaisir complet et une compréhension la plus immédiate possible.

Par ailleurs, le choix, pour la collection Editio minor des Belles Lettres, est de présenter la traduction sans le texte latin en regard :

c’est dire que la langue cible est celle du lecteur, non celle de l’auteur. Pour cela, nous avons pris le risque, en toute conscience, de viser une langue contemporaine, sans pour autant perdre les qualités de la langue originale. Cette position nous a amenés à questionner sans cesse le texte latin et le rapport du français au latin. Quelques exemples, pris parmi ceux que les lecteurs latinistes attendent : le style de César est caractérisé par l’emploi de fréquents ablatifs absolus. Souvent en tête de phrase, ils servent à lier un épisode à ce qui précède, mais aussi à donner des clés d’interprétation, selon que leur valeur est chronologique, causale ou concessive ; dans le déroulé d’une phrase, ils servent également à marquer des étapes, exprimer des hypothèses, signaler une action qui se place sur un autre plan que l’action relatée par la proposition principale. Face à cette variété de sens, le traducteur a, depuis toujours, dû interpréter. Nous le faisons aussi. Mais en outre, en nous fondant sur la primauté que nous avons voulu donner à la narration, nous avons été amenés à réfléchir à la valeur de ces ablatifs absolus pour le récit : donnent-ils une information incidente ou essentielle ? S’inscrivent-ils dans le récit ou dans la réflexion qui se construit autour du récit ? Une traduction qui serait mécanique et répétitive perdrait ces précieuses informations, quand bien même elle pourrait décontenancer les lecteurs nostalgiques des versions latines de leurs années lycée.

De plus, l’écriture césarienne est marquée par la rapidité, mimétique de la celeritas du chef de guerre. Mais rapidité n’est pas concision. Aussi, pour le lecteur contemporain, une phrase qui s’ouvre par un ablatif absolu, enchaîne sur le sujet du verbe principal, s’interrompt pour une proposition circonstancielle, revient à la proposition principale, qui englobe elle-même des ablatifs absolus ou des propositions subordonnées, a-t-elle perdu toute la rapidité qui était perceptible pour le lecteur latin. Nous avons par conséquent souvent choisi de privilégier l’esprit du texte césarien, c’est-à-dire cette rapidité, en rendant parfois par des propositions indépendantes ce qui était articulé plus étroitement chez César, ou en recomposant une phrase pour qu’elle s’inscrive plus aisément dans l’horizon d’attente de nos lecteurs.

Une autre caractéristique majeure de ces textes réside dans la présentation d’informations variées. César, souvent, se pose moins en historien des faits qu’en chroniqueur des décisions d’un chef ; de ce fait, il vise à la plus grande clarté dans l’insertion des décisions dans le récit. Donner une information en amont lui permet de montrer comment se prennent les bonnes (et parfois aussi les mauvaises) décisions. Cette clarté des consilia structure le récit de manière serrée et nous avons tenu à mettre en valeur cette dimension dans notre traduction. C’est surtout perceptible dans les passages de style indirect, notamment quand ils sont longs. L’habitude étant perdue, pour la plupart des lecteurs, de suivre un discours indirect sur un long développement, contrairement à ce que la formation rhétorique antique avait induit dans le public antique, nous avons parfois choisi de revenir au style direct, pour une vivacité plus grande, en cherchant un effet de surprise, fécond pour le lecteur. Notre traduction présente indéniablement des audaces. Elles ont été consciemment choisies, pensées et pesées ; leur but est de faire réagir le lecteur, de lui éviter la respiration trop égale d’un récit corseté, bref de le rendre actif et vif dans l’exercice de sa lecture.

Semblablement, pour éviter au lecteur de se perdre dans un système qui n’est plus le nôtre, nous avons traduit toutes les mesures romaines de distance (pieds, pas, milles) en kilomètres et toutes les indications de temps en approximations : ainsi, aux « veilles » qui divisaient le temps nocturne, nous avons substitué des repères plus immédiats, comme « vers minuit ».

(…)


Extrait de la traduction de la Guerre des Gaules

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Livre 2Juin 57 : César réagit à la nouvelle d’une coalition des peuples belge

[Pour plus de lisibilité, les notes de bas de page présentes dans le volume ont été ici retirées.]

1. 1. César était donc en Gaule Cisalpine et les légions dans leurs quartiers d’hiver, comme on l’a raconté plus haut, quand des rumeurs lui parvinrent, insistantes. Un rapport de Labienus l’informait que tous les Belges (qui, nous l’avons dit, habitaient un des trois territoires de Gaule) se coalisaient contre le peuple romain et échangeaient des otages entre eux. 2. Il donnait les raisons suivantes à leur coalition : premièrement, ils avaient peur que notre armée ne se retourne contre eux une fois la Gaule entière pacifiée ; 3. deuxièmement, plus d’un peuple gaulois les avait approchés : ceux qui avaient refusé de laisser les Germains rester en Gaule ne supportaient pas non plus qu’une armée du peuple romain passe l’hiver et s’y installe. D’autres, par pur goût du changement, rêvaient d’avoir de nouveaux maîtres. 4. Le pouvoir en Gaule étant exercé en général par des puissants et des gens assez riches pour enrôler des troupes, il y en avait aussi quelques-uns qui se plaignaient d’avoir plus de mal à tirer leur épingle du jeu sous notre domination.

2. 1. Ces nouvelles et ce rapport inquiétaient César 2. Il leva deux nouvelles légions en Gaule Cisalpine et au début de l’été envoya son légat Quintus Pedius pour les conduire en Gaule Transalpine. 2. De son côté, il se dépêche de rejoindre l’armée dès qu’on commence à trouver du fourrage dans les champs. 3. Il charge les Sénons et les autres Gaulois voisins des Belges de se renseigner sur ce qui se passe chez eux et de l’en informer. 4. Tous étaient formels : on réunissait des troupes, on rassemblait une armée. 5. Pas d’hésitation, il fallait marcher contre eux. 6. Il réunit des provisions de blé, lève le camp et en quinze jours environ arrive devant le territoire des Belges.

Se procurer l’ouvrage

César, Guerres

Guerre des Gaules – Guerre civile
Édition sous la direction de Jean-Pierre De Giorgio

16 x 22 cm • Livre relié sous jaquette avec coupe-fil • XLIV + 516 pages, bibliographie, index, 20 cartes.

29 € – En librairie le 10 janvier 2020

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