Des nouvelles de l’Irlande : Les vieux soldats ne meurent jamais

Sont ici réunies sept nouvelles de trois grandes figures de la littérature irlandaise du XXe siècle, précédées d’une introduction fournie de George Moore (ami de Villiers de L’Isle-Adam, Degas et Manet), traduites par Patrick Reumaux :

 

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Lord Dunsany (1878-1957)
 Ce que me disait le doyen (My Talks with Dean Spanley, 1936)

« Si je devais raconter comment j’ai appris que le doyen Spanley avait un secret, il faudrait que je revienne plusieurs semaines en arrière, car je ne l’ai découvert que peu à peu, et les soupçons comme les indices qui m’ont fait parvenir à une certitude risqueraient de lasser mes lecteurs. Des bribes de conversation d’abord surprises au club Olympus, puis un échange direct, m’ont mis la puce à l’oreille. La chose étrange est que c’est presque toujours ce que le doyen Spanley ne disait pas, plutôt que les mots qu’il prononçait, une soudaine retenue au milieu de spéculations diverses, qui m’a fait comprendre qu’il devait être en possession d’un secret dont personne, en tout cas hors d’Asie, n’avait la moindre idée. Si quelqu’un en Europe a déjà étudié la question, je serais heureux de comparer ses conclusions avec le matériel que m’a fourni le doyen. En Orient, évidemment, ce que j’ai découvert ne saurait être regardé comme ayant la moindre originalité.
Je ferai donc débuter ce récit le jour où, ayant acquis la certitude que le doyen possédait un savoir hors du commun qu’il gardait par-devers lui, je décidai de passer à l’action. Je l’avais évidemment déjà mis sur la sellette, autant que l’on pût mettre sur la sellette un homme plus âgé au cours d’une brève conversation dans un club plutôt austère ; aussi, je l’invitai à dîner. »


 

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Mary Lavin (1912-1996)
Une bonne âme & autres histoires mauvaises

Préface (de Lord Dunsany)
L’amour est pour les amants (Love is for Lovers, 1942)
Miss Holland (1939)
Le soldat mort (The Dead Soldier, 1943)
Tombe verte, tombe noire (The Green Grave and the Black Grave, 1945)
Une bonne âme (A Gentle Soul, 1951)

« C’était un corps, sûr. Il était difficile à voir dans l’obscurité, et le dos écailleux de la mer se soulevait entre eux et l’endroit où ils apercevaient cette chose qui flottait. Mais c’était un corps, sûr.
— Je savais bien que c’était un cri que j’avais entendu, dit le plus grand des deux hommes, dans la barque noire, sortie pour pêcher le maquereau.
C’était Tadg Mor, le père de l’homme de moins grande taille, qui avait les cheveux plus noirs que lui, une poitrine plus large que lui, mais qui s’appelait Tadg Beag, parce que c’était son fils. Mor veut dire « grand », Beag « petit », mais Mor peut également signifier « plus grand » et Beag « plus petit que le plus grand ».
— Je savais bien que c’était un cri que j’avais entendu, dit Tadg Mor.
— Je savais bien que c’était une barque que j’avais vue pendant que je relevais le second filet, dit Tadg Beag.
— J’ai dit que le bruit que j’avais entendu, c’était une mouette criant dans l’obscurité.
— J’ai dit que la barque que j’avais vue c’était une vague noire gonflée par le vent.
— C’était un cri, sûr.
— C’était une barque, sûr.
— C’était un corps, sûr.  »


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Sean O’Faolain
La petite dame
(Midsummer Night Madness, 1983)

 » Trois jours après la disparition de Mrs Sydney Browne, cette scandaleuse ballade – je n’ose la donner en entier – était chantée sur chaque marché de la province de Munster. Les groupes l’écoutaient dans les allées transversales en détournant la tête comme s’ils craignaient d’être arrêtés avant la fin et, quand elle était achevée, les gens s’en disputaient des copies avant de se disperser rapidement, les femmes dissimulant entre les seins le papier vert sur lequel elle était imprimée, les hommes le serrant dans leur bourse au milieu des pièces d’argent et des billets sales. » […]

« Elle-même l’entendit chanter, son chant de mort, la nuit où ils l’enlevèrent et la conduisirent dans les montagnes, dans la voiture volée à un garage des environs, chantant tandis qu’ils traversaient le village en trombe dans la nuit. Comment la bagnole arriva à transporter ses occupants, personne ne le comprit jamais, car elle était restée exposée aux intempéries sur le bord de la route depuis le jour où le vieux lord Brandon en avait fait don au garagiste pour s’amuser, il y avait de cela bien des hivers.  »


Se procurer ce recueil

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Lord Dunsany – Mary Lavin – Sean O’Faolain, Les vieux soldats ne meurent jamais, traduction de l’anglais (Irlande) par Patrick Reumaux, Les Belles Lettres, 2018

 


Un été irlandais

Deux autres suggestions de lecture dans la fraîcheur de l’île verte :

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Flann O’Brien (1911-1966) partage avec Joyce le trône de malt de la littérature irlandaise. Son œuvre est aujourd’hui presque intégralement traduite en français. Nous proposons ici l’édition complète de ses romans, parmi les plus fous qui aient jamais été écrits en aucune langue. « En vingt-cinq ans, écrivit-il dans le magazine New Ireland en mars 1964, j’ai écrit dix livres sous quatre noms de plume totalement incompatibles et sur des sujets n’ayant pas le moindre rapport entre eux. Cinq sont des livres de fiction, le sixième un commentaire sociologique, deux autres traitent de sujets scientifiques, auquel il faut ajouter un essai sur la littérature, un livre écrit en gaélique et une pièce. » Voir le livre >

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Quand on pense à l’Irlande en littérature, on voit le soleil se coucher sur le Crépuscule celtique, on a des visions de danseurs comme Yeats et la dame en noir, Lady Gregory, on écoute les histoires de Harahan le roux. Ou bien on est ébloui par l’écriture en exil de Joyce ou le parler dublinois sarcastique de Flann O’Brien.
Ce n’est pas de cette Irlande-là qu’il s’agit ici, mais de l’Irlande noire, celles des Pâques sanglantes de Dublin et de la guerre civile dans ce pays déchiré, contée par trois écrivains majeurs, tous les trois de Cork ; Daniel Corkery qui fut professeur d’Université dans cette ville, et deux de ses élèves devenus célèbres : Sean O’Faolain et Frank O’Connor… Voir le livre >

 

 

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