Le Feu des manuscrits : promenade érudite du médiéviste Alain Boureau

 » La lecture des manuscrits médiévaux peut passer pour une occupation solitaire, lente, calme et paisible. Or, cette image est totalement trompeuse.
Ma vie de médiéviste s’est partagée entre deux versants, l’essai historique et l’édition de manuscrits. J’ai exposé le premier versant à des orages désirés. Je me suis voulu expérimentateur et provocateur, moins par un souci de « faire l’intéressant » que par une adhésion à la certitude que l’historien a un devoir d’examen critique. Or, l’atmosphère de réception de ces textes est demeurée silencieuse ou sereine. […]
En revanche, mon autre versant, orienté vers les manuscrits, que je croyais plus abrité, a suscité de petites, mais violentes tempêtes. Je n’en fais pas une affaire personnelle  : il suffit de parcourir dans les revues spécialisées un ensemble de recensions variées de différentes éditions, pour y trouver d’étonnants déchaînements.  » pages 31-32

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Reproduction page 64 de l’ouvrage

Un mot sur l’objet

Nous avons de nouveau attaché un soin particulier à la composition élégante et à la fabrication, en France, de ce petit livre imprimé en couleur (titres et titres courants en bordeaux, reproductions de manuscrits dans leur couleur d’origine), en cahiers cousus collés sous couverture souple, bronze, à larges rabats.

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Format 12 x 19 cm – 192 pages – 42 illustrations couleurs

Introduction

Les manuscrits se consument moins que leurs lecteurs. Les grands incendies de peaux écrites relèvent souvent du mythe, depuis la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie aux premiers siècles de notre ère jusqu’à celle de Tombouctou en 2012. Ici, je veux parler de l’éclat lumineux des manuscrits et de l’obscurité qui les menace toujours. Ce livre parle de ma passion des manuscrits ou, plutôt, de l’activité manuscrite. Il ne prétend nullement constituer une introduction à une méthode. Ce serait d’ailleurs inutile : il existe de solides synthèses, anciennes ou récentes. C’est pourquoi je ne joins aucune bibliographie systématique, ni aucun index, même si je mentionne, au fil du texte et des notes, les travaux ou les parallèles qui m’ont servi. Mais c’est mon expérience de lecteur de certains manuscrits qui me guide. Je n’ai travaillé qu’occasionnellement sur les images des manuscrits, bien rares dans les textes que j’ai déchiffrés. En outre, j’y serais incompétent et il me suffit de renvoyer le lecteur à l’œuvre magistrale de Chiara Frugoni ou de Michael Camille.

J’aime l’unicité fragile des manuscrits, l’apparition et la disparition des textes qu’ils portent, sans leur vouer l’adoration ou la convoitise suscitées par des trésors, que j’évoque au chapitre  1 (« Le manuscrit, obscur objet du désir patrimonial »). Médiéviste, orienté vers l’histoire de la pensée scolastique latine, je rencontre généralement des objets simples, peu ornés, de faible valeur marchande. Mon goût des travaux minutieux et de la marche lente vers une pensée autre m’a façonné à l’image des scribes médiévaux, au plus près des textes, en agacement épisodique contre eux et en attente frustrée ou irritée de leur fin. J’entends donc livrer mon expérience des rapports incommodes entre les institutions détentrices, les lecteurs et les scribes. Mon chapitre 2 sur mes péripéties de déchiffreur, s’intitule « La  peau des  scribes »  : à partir du matériau d’écriture, le cuir des moutons, je veux me mettre dans la peau des scribes face à leurs détracteurs, ceux qui veulent « avoir leur peau ». Mais entre les scribes et moi s’interpose l’institution d’une discipline qui s’est voulue « scientifique », en procédant à une réduction biologique de l’activité scribale fondée sur la légitimité des transmissions, brandie avec des stemmas et des classifications linnéennes (chapitre  3  : « Arbres, feuilles, brouettes et râteaux »). Cette exigence d’une généalogie se fondait sur une recherche en paternité, bien vaine pour les textes médiévaux où les traces de l’auteur s’effacent au profit de celles des scribes, malgré d’illustres exceptions (chapitre  4  : « Les voiles de l’auteur et l’envol des scribes »).

Même en se libérant de ces carcans, le lecteur n’accède pas facilement aux textes des manuscrits  : l’objet qui les porte, matériel, subit les aléas et infortunes des choses et les inadvertances des hommes qui en gèrent la fabrication (chapitre 5 : « Haute couture et mise en pièces »). J’en viens alors à mes frères, les scribes eux-mêmes, quand je traite des marges du manuscrit comme lieu d’organisation du texte par les scribes (chapitre  6  : « Aux marges de la copie »), avant de présenter leur intervention directe et inventive dans le texte (chapitre 7 : « Écritures des scribes »).

Ce livre raconte une rencontre heureuse.

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Chapitre I

LE MANUSCRIT, OBSCUR OBJET ~ DU DÉSIR PATRIMONIAL ~

Lire le début du chapitre I au format, avec les illustrations :

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Éditions critiques publiées par Alain Boureau

Chiaro de Florence, Livre des cas, suivi de Manfredo de Tortona, Traité des restitutions et De la diversité des contrats, Paris, Les Belles Lettres (Bibliothèque scolastique), 2017.

Richard de Mediavilla, Quodlibets, 3 volumes, Paris, Les Belles Lettres (Bibliothèque scolastique), 2015-2017.

Pierre de Jean Olivi, Lectura in Iob, Turnhout, Brepols (Corpus Christianorum, Continuatio Medievalis 275), 2015.

Richard de Mediavilla, Questions disputées, 6 volumes, Paris, Les Belles Lettres (Bibliothèque scolastique), 2011-2014.

Pierre de Jean Olivi, Traité des Démons, Paris, Les Belles Lettres, Paris, Belles Lettres (Bibliothèque scolastique), 2011.

Pierre de Jean Olivi, Lecturae super Pauli Epistolas, Turnhout, Brepols (Corpus Christianorum, Continuatio Medievalis 233), 2010.

Le Pape et les sorciers. Une consultation de Jean XXII sur la magie en 1320 (manuscrit B.A.V. Borghese 348), Rome, École Française de Rome, 2004.


Se procurer l’ouvrage

  • Alain Boureau, Le Feu des manuscrits. Lecteurs et scribes des textes médiévaux [Inédit, 2018]
  • 192 pages. Bibliographie, 42 illustrations couleurs
  • Livre broché à rabats. 12 x 19 cm
  • Parution : 09/03/2018
  • EAN13 : 9782251447940
  • 21 € en librairie ou sur notre site internet >
  • 14, 99 € au format epub à télécharger sur notre site internet >

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