Maurice Garçon, un avocat contre la censure

Un nouveau volume dans la collection Goût des idées

Maurice Garçon a déjà été évoqué sur ce blog, à l’occasion de la parution de son formidable Journal, tenu entre 1939 et 1945 en France, dont vous pouvez retrouver des extraits ici, ainsi qu’un entretien avec Pascale Froment, qui a découvert ce journal et l’a co-édité avec Pascal Fouché pour les Belles Lettres, en 2015.

Aujourd’hui paraît un recueil de textes et plaidoyers pour les Arts et les Lettres, intitulé Contre la censure, rassemblés et introduits par le directeur de notre collection Le goût des idées, et avocat à la cour, Jean-Claude Zylberstein. Nous lui laissons la parole pour vous le présenter.


Précisions bibliographiques

mauricegarcon

Les quatre premiers plaidoyers ont été publiés en 1935 dans un recueil intitulé La Justice au Parnasse.

Les quatre suivants dans le recueil Plaidoyer pour les Arts et les Lettres, Paris, 1966.

Les trois suivants dans le recueil Sur des faits divers, Paris 1945.

Les deux suivants dans le recueil Choses et autres, Paris, 1958. Le dernier dans le volume L’Affaire Sade, Paris, 1963.


Maître Garçon, vous avez la parole !

Extrait de l’introduction, par Jean-Claude Zylberstein

Ah comme ils devaient être contents les magistrats du siècle dernier lorsqu’ils avaient l’occasion de prononcer ces mots ! C’était l’augure d’une heure ou deux à écouter celui qui fut sans aucun doute le plus distingué, le plus érudit, bref le plus talentueux des avocats de sa génération. Un être extraordinaire donc. Les êtres extraordinaires c’était, il y a bien longtemps, le sujet d’une chronique dans le mensuel Sélection du Reader’s Digest : il y en avait de toutes sortes, dans tous les domaines et chaque fois l’occasion de découvrir une personnalité hors du commun. On ne s’étonnera donc pas si, pour ma part, je range Maurice Garçon parmi les êtres les plus extraordinaires que je n’ai, hélas, PAS rencontrés. (…) Rencontrer Maurice Garçon (1889-1967) c’aurait été pour moi rencontrer celui qui fut un enfant béni des Muses. Car il n’a pas seulement été l’immense avocat dont j’ai le plaisir de rééditer aujourd’hui un choix des plaidoyers consacrés aux Arts et aux Lettres. Et en particulier celui resté, fameux, Contre la censure, cette censure instituée par une loi du 16 juillet 1949, destinée à protéger la jeunesse, « ce qui peut être louable mais aussi de nature à garrotter n’importe quel écrivain, loi dépassant en arbitraire, écrivit Paul Morand dans son discours de réception à l’Académie française ou il succéda à Garçon, tout ce que la Restauration et le Second Empire ont pu inventer ».
Non, rencontrer Maurice Garçon c’aurait été rencontrer un de ces hommes que nos amis anglo-saxons intitulent « A Renaissance Man », un homme multidimensionnel à qui aucun domaine de la culture n’échappe. Car Garçon ne se contenta pas d’être l’un des plus célèbres avocats de son temps, sinon LE plus célèbre : il fut également parolier, romancier, aquarelliste, polygraphe et historien et sans doute en oublié-je. Autant dire, sans excès de malignité, que l’on chercherait en vain à notre époque parmi les 26 000 membres du seul barreau de Paris, un seul confrère réunissant autant de qualités. S’Il est surtout connu pour avoir défendu un grand nombre de causes, tant littéraires que criminelles – on trouvera l’essentiel des premières dans le présent volume – il posséda un vrai don d’écrivain dont on trouvera souvent la trace dans ses plaidoyers. (…)
On trouvera sur la notice qui lui est consacrée sur le site Wikipedia l’ahurissante liste de la trentaine d’ouvrages qu’il a publiés à partir de 1926 et pratiquement jusqu’à sa mort. Encore est-ce sans compter avec son immense et magnifique Journal tenu au jour le jour pendant plus d’un demi-siècle et dont la teneur nous a (enfin !) été révélée récemment. Il s’y montre, au surplus, l’un des observateurs les plus lucides en même temps que le moins sectaire de son temps. (…)
Au demeurant sans doute Garçon appartint-il à ces catégories : pressé, érudit, et plein d’humour. Il est heureux qu’en amoureux des livres il ait tenu à voir imprimés un assez grand nombre de ses plaidoyers notamment ceux concernant les Arts et les Lettres sur des sujets qui témoignent aussi de l’amour de la liberté de ce grand indépendant.

 

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