Pline L’Ancien, Histoire naturelle : édition intégrale bilingue traduite par Émile Littré

Émile Littré (1801-1880), érudit, philologue (il savait six langues dont le sanskrit), médecin, philosophe et homme politique, plus connu pour son Dictionnaire de la langue française, acheva en 1850 sa traduction de l’Histoire naturelle de Pline. Disparue des librairies depuis longtemps, nous avons souhaité rendre cette magnifique traduction à nouveau disponible, accompagnée du texte latin et de son introduction originale, en deux volumes soignés sous coffret. Elle ouvre une nouvelle collection sous la direction de Maxence Caron, Classiques favoris.

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Écoutons Émile Littré évoquer le style de Pline :
Extraits de la notice

«

[…] L’écrivain exercé et non sans mérite se montre fréquemment dans le cours de ce long ouvrage. Pline ne semble pas avoir éprouvé un moment de fatigue, et toutes les parties en sont également soignées ; partout un travail qui ne manque pas de puissance, fondant les matériaux, les a jetés dans un moule commun. En chaque point la main de l’auteur se reconnaît ; et, quoique le tout soit une compilation, Pline a eu assez de verve et d’originalité pour mettre son empreinte à cette œuvre immense de marqueterie. Ce n’est pas un esprit médiocre qui aurait pu faire passer ainsi un même souffle à travers tant d’éléments empruntés.

Cette même vigueur dans la composition lui a partout rendu facile le travail des transitions. En effet, traitant un pareil sujet d’une façon plus littéraire que scientifique, il ne lui suffisait pas de suivre l’enchaînement didactique des choses, il fallait encore ménager le passage d’un objet à un autre. A cela Pline n’a pas manqué, et en le lisant on considère, non sans quelque plaisir, avec quelle prestesse il saisit toutes les occasions d’amener ce qu’il se propose de dire, afin que, sans secousse, le lecteur change de chapitre et de sujet. Un mot lui sert parfois à cette fin ; et il n’est pas rare que ce mot soit rapide et heureusement choisi.

En cela il est naturellement secondé par la langue latine, dont la concision est si grande. A son tour, Pline tire tout le parti possible de cette qualité ; il ménage les mots avec un soin extrême ; toute redondance est scrupuleusement bannie, et il resserre merveilleusement sa pensée, à tel point que si l’on rencontre quelque mot superflu, on peut soupçonner dans le texte une altération. En son besoin de brièveté, Pline en est venu même à user de la langue latine autrement que n’avaient fait les écrivains de l’âge antérieur et classique, je veux dire un emploi singulier de l’ablatif : a l’aide de ce cas il réunit les membres de phrases, place les idées incidentes, et gagne beaucoup en vitesse d’expression. C’est une véritable économie qu’il fait sur les mots. Cette particularité de l’emploi de l’ablatif vaut la peine, pour ceux qui veulent bien connaître le latin, d’être étudiée avec quelque soin dans Pline.

Pline a répandu dans son livre bon nombre de récits et d’anecdotes ; il les raconte avec esprit, il leur donne du piquant, et là aussi il est bref et rapide, quelquefois même trop bref et trop rapide, pour nous du moins qui ne sommes pas dans la même position que ses lecteurs de Rome. En effet, les anecdotes qu’il rapporte ou étaient puisées dans des livres, ou avaient une assez grande notoriété de son temps. C’est pour cela qu’il les indique seulement ; et en homme de goût, en homme du monde, il n’appuie qu’autant qu’il faut pour les rappeler à la mémoire.

Pline, à l’exemple des Romains ses contemporains, avait trop cultivé l’éloquence pour se refuser la satisfaction d’insérer des morceaux de facture où il pût déployer les ressources de son style ; on en rencontre, en effet, plusieurs dans le cours de son livre. Ces morceaux pèchent souvent par le fond, étant des déclamations sans vérité ; mais alors même on reconnaît dans Pline un écrivain original et d’imagination ; sa phrase est vive et colorée.

Tel est Pline. Son ouvrage a joui d’une réputation considérable, même parmi les savants, jusqu’à nos jours ; et il a fallu, comme on l’a vu plus haut, qu’une critique plus éclairée enlevât à l’auteur ses titres scientifiques, et montrât en lui le compilateur ardent au travail, désireux d’être utile, habile à écrire.

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