Histoire du bouddhisme en Chine : quelques légendes

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Kenneth K.S. Ch’en, Histoire du bouddhisme en Chine, traduction de l’anglais par Dominique Kych, postface de Sylvie Hureau, en librairie le 12 juin 2015, 592 pages, 35 €.

Extrait de  Kenneth K.S. Ch’en, Histoire du bouddhisme en Chine, 2015.

Une des légendes qui entourent l’introduction du bouddhisme en Chine dit que Confucius connaissait l’existence du Bouddha. Elle trouve sa source dans le Liezi, qui est généralement considéré par les érudits chinois comme un faux, composé au IIIe siècle de notre ère ou plus tardivement encore. Un autre texte affirme que cette religion fut connue en Chine dès 317 avant notre ère, car à cette époque un magicien étranger, muni d’un bâton de pèlerin et d’un bol à aumônes, s’était présenté à la cour du prince Zhao de Yan et avait fait apparaître à l’extrémité de ses doigts un stupa (stūpa) de trois pieds de haut. Sans même aborder la question du tour de magie mentionné dans cette anecdote, on ne peut accréditer cette version des faits pour la simple raison que le bouddhisme, à cette date, n’avait pas encore franchi les frontières de l’Inde. Un certain nombre d’ouvrages bouddhiques tentent d’établir un lien entre l’introduction du bouddhisme en Chine et les activités missionnaires du roi Aśoka, au IIIe siècle avant notre ère. Ils affirment ainsi que l’on aurait découvert en Chine quelques-uns des 84 000 stupas érigés sur les ordres d’Aśoka et que l’on aurait extrait de l’un d’eux une relique osseuse du Bouddha. De même le moine étranger Shi Lifang, qui aurait apporté des sutras bouddhiques en Chine durant le règne de Qin Shihuang (221-210), serait un missionnaire envoyé par Aśoka. On comprend parfaitement les efforts déployés par les bouddhistes chinois pour tenter de créer des liens avec Aśoka, mais rien, ni dans les inscriptions d’Aśoka, ni dans les chroniques de Ceylan, ne peut nous laisser supposer qu’Aśoka ait propagé cette religion en Chine.
D’autres ouvrages situeraient volontiers l’introduction du bouddhisme sous le règne de l’empereur Wu (140-87) de la dynastie Han. En effet, on creusa à cette époque un lac et le bruit courut que des cendres noires avaient été découvertes au fond de l’excavation. Certains affirmèrent, en rapportant ce fait, qu’elles devaient provenir du grand feu qui consume le monde à la fin de chaque âge cosmique. C’est sur cette référence possible au kalpa indien que les auteurs des dits ouvrages se sont appuyés pour affirmer que cette interprétation n’avait pu être proposée qu’après l’introduction du bouddhisme en Chine.
D’autres auteurs bouddhistes soutiennent que Zhang Qian, l’envoyé impérial chinois qui traversa l’Asie centrale jusqu’en Bactriane au IIe siècle avant notre ère, aurait entendu parler de la foi bouddhique au cours de ses voyages à l’étranger et qu’il aurait rapporté en Chine des informations à ce sujet. Mais cette indication n’apparaît que dans des récits bouddhiques datant des Tang. Les sources antérieures ne font aucune mention du fait que Zhang Qian ait parlé du Bouddha.
Quand le général des Han Huo Qubing vainquit les Xiongnu aux frontières nord de la Chine, en 120 avant notre ère, il trouva des statues dorées représentant des formes humaines, auxquelles aucun sacrifice n’était offert et qui n’étaient honorées que par la fumée de l’encens et des salutations rituelles. On a pu penser autrefois que ces statues dorées étaient des représentations du Bouddha et que leur introduction marquait le début de l’expansion du bouddhisme en Chine. Il est aujourd’hui bien établi que ces statues n’étaient pas des représentations du Bouddha, mais plutôt des images figurant des divinités locales Xiongnu. Nous devons donc conclure que toutes ces histoires sur l’introduction du bouddhisme en Chine sont soit des fables, soit des récits d’une fiabilité douteuse, soit encore l’expression de la ferveur des auteurs bouddhistes.
Après s’être introduit et implanté en Chine, le bouddhisme fut parfois en butte aux critiques de certains détracteurs chinois, qui reprochaient à cette religion d’abréger le règne des dynasties qui lui offraient protection. Pour illustrer ce point, ils citaient les brèves dynasties des Qin postérieurs, des Zhao postérieurs, des Liu Song et des Qi du Sud, qui ne durèrent respectivement que 33, 24, 59 et 23 années. Pour répondre à ces attaques, les auteurs bouddhistes composèrent des faux destinés à montrer que le bouddhisme avait été introduit en Chine dès le début de la dynastie Zhou (env. 1100-256 avant notre ère). Le choix de cette dynastie répondait à une motivation tout à fait évidente, car, comme elle dura plus de huit cents ans, elle permettait d’opposer un démenti formel aux critiques adressées au bouddhisme. Ces textes n’omettaient pas d’inclure la liste des prodiges et des événements extraordinaires qui se devaient d’accompagner la naissance et la mort d’un sage aussi célèbre que le Bouddha, des tremblements de terre, des vents violents et un arc-en-ciel de douze couleurs qui était resté visible même la nuit, phénomènes dont ils affirmaient que le souverain des Zhou lui-même avait été témoin. (Pages 45 à 47)

Traduit de l’anglais par Dominique Kych.


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