Jean-Noël Robert, De Rome à la Chine. Extrait

Jean-Noël Robert, De Rome à la Chine

« Lorsqu’un homme d’aujourd’hui pense aux Romains de l’Antiquité, il les imagine toujours paresseusement affalés sur des lits de banquet dans leurs luxueuses villas, ou prononçant quelque harangue au milieu du Forum ; il les voit aussi, fortement armés, avancer sur les routes au rythme du pas lent et sonore des légionnaires ; mais il se les représente rarement courant les chemins par passion du tourisme.
Or, c’est un fait, le Romain est un voyageur. Pour affaires, ou pour le plaisir, il aime arpenter les nombreuses et célèbres « via » qui sillonnent l’Italie. Toutes les raisons sont bonnes pour prendre la route. Les habitants de la capitale, riches ou pauvres, regagnent quand ils le peuvent et pour le temps d’une visite la petite province d’où ils sont originaires ; les gens de la campagne viennent à Rome accomplir leur devoir électoral – tous les ans, il faut élire les magistrats sous la République – ou assister aux jeux solennels qui sont les marques les plus spectaculaires de la vie religieuse. Les candidats aux élections font leur « tour d’Italie » pour mener campagne et quêter des voix. Les commerçants portent à travers toute la péninsule les produits dont ils comptent tirer bénéfice. Les malades vont chercher les bienfaits du thermalisme. Les belles dames gagnent aux premières chaleurs les stations à la mode, comme Baïes, dans le golfe de Naples, « le rivage d’or de l’heureuse Vénus », où la trépidante vie nocturne, disait-on, leur faisait perdre jusqu’à leur air de vertu… Tout Romain d’un certain rang possède ici et là en Italie plusieurs domaines qu’il lui faut visiter pour s’assurer du bon rendement et de la fidélité des intendants qui les gèrent. Il s’est aussi fait construire plusieurs villas à la mesure de sa fortune où il apprécie le repos et le charme de la villégiature. Les routes sont donc bien fréquentées et l’on y rencontre des équipages de toute nature : du petit citoyen qui va sur son mulet, vêtu d’un manteau à capuchon, la tête couverte d’un chapeau à large bord, aux voitures les plus somptueuses en passant par le messager qui dévore les kilomètres sur son cheval ou le magistrat qui court accomplir une mission sur son mulet de fonction. Rares sont ceux que leur maigre fortune contraint à aller à pied : les Romains n’aiment pas marcher ! La vitesse est, à l’évidence réduite : d’une trentaine de kilomètres par jour pour un mulet au double pour un cheval. Mais les voitures sont nettement moins rapides. »

Jean-Noël Robert, De Rome à la Chine, Les Belles Lettres, coll. Realia, 4e édition (1993), 2014, pages 156-157.

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