Nouvelle collection « Les Petits Latins » : trois questions à Laure de Chantal

Qui n’a pas, à tout âge, besoin ou envie d’améliorer son français et d’en savoir davantage sur la mythologie et l’histoire ?

Audaces Fortuna juvat !*

Améliorer son français grâce au latin ? Tel est le pari lancé par Les Petits Latins. S’appuyant sur les nouvelles recommandations des programmes, ils offrent une progression grammaticale et lexicale suivie, tout en faisant la part belle à la civilisation, à la mythologie et à l’étymologie. Proposant une version bilingue puis unilingue, chaque volume vise à conduire progressivement vers la lecture des textes littéraires. Les ouvrages sont déclinés en trois niveaux, débutant, confirmé, avancé, selon le degré d’enrichissements et de connaissance souhaité.


*La Fortune sourit aux audacieux (Virgile, Énéide X, 284)

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Trois questions à Laure de Chantal

Normalienne et agrégée de lettres classiques, Laure de Chantal a initié La Vie des Classiques, label pédagogique des Belles Lettres, et en anime le portail numérique depuis 2015. Elle dirige également la collection Signets / Belles Lettres et a publié plusieurs ouvrages sur la langue française et la mythologie dont La Bibliothèque classique infernale (2016) et la Bibliothèque mythologique idéale (2019, avec Jean-Louis Poirier).

1. D’où vous est venue l’idée de cette collection ?

C’est une idée qui remonte à plus de 20 ans, à l’époque où, étudiante, je faisais du « petit latin » quotidiennement. Je m’explique : à coté de l’exercice de la version, analyser, démonter en quelque sorte, un extrait de texte pour le traduire avec exactitude, le petit latin consiste à se laisser aller au plaisir de la lecture d’un bon texte, à l’émerveillement et à la surprise d’entendre la voix vieille de deux mille ans d’auteurs de génie, en s’assurant du sens d’un coup d’œil grâce à la traduction en regard telle qu’elle est proposée dans la Collection des Universités de France. Cette heure quotidienne de petit latin était ma récompense non seulement de la journée, mais également de plusieurs année d’étude car il faut déjà un bon niveau de latin, ou de grec, pour pouvoir lire Virgile ou César dans le texte et dans la durée.

Malheureusement la baisse du nombre d’heures réservées à l’enseignement du latin et du grec, fait que ce plaisir est réservé à un nombre toujours plus restreint de personnes. D’où l’idée d’écrire des ouvrages bilingues spécifiquement pour débutants, comme me l’ont proposé plusieurs enseignants et inspecteurs généraux. Une idée ancienne et collective donc, qui a pu devenir une réalité grâce au soutien indéfectible des éditions Les Belles Lettres qui ont accueilli le projet dans leur label pédagogique La Vie des Classiques et y ont apporté la qualité et le soin qui font leur réputation.

2. Est-elle uniquement destinée aux plus jeunes, à partir de quel âge ?

La série des Petits Latins s’inscrit avant tout dans la volonté de transmission propre aux Belles Lettres et, à titre personnel, elle poursuit et complète la démarche entamée avec la collection Signet, le portail www.laviedesclassiques.fr ou les livres que j’ai pu publier : rendre accessible les humanités au non-initié; les transmettre, sans rogner sur leur intelligence. Pour les Petits Latins, il s’agit de s’adresser aux débutants, par conséquent aux plus jeunes mais pas uniquement.

Les Petits Latins font écho aux programmes de collège et de lycée, notamment au nouvel enseignement qui démarre à la rentrée prochaine visant à faciliter l’acquisition du français grâce au latin dès la sixième, mais je tiens à préciser que ne sont pas des ouvrages « pour adolescents » : ils sont simples, abordables et progressifs en proposant trois niveaux (débutants, confirmés, avancés), c’est tout. Pourquoi être exclusif ? Qui n’a pas, à tout âge, besoin ou envie ou les deux, d’améliorer son français et d’en savoir davantage sur la mythologie et l’histoire? La culture antique, n’aurait pas, je pense, aussi bien résisté à l’épreuve du temps si elle n’était pas porteuse d’un savoir fertile et fédérateur.

Si par exemple, le français n’est pas la langue parlée à la maison, pour l’élève dont c’est le cas, le passage par les racines communes et les étymologies va faciliter la compréhension. Et puis soyons réalistes : tout le monde, aujourd’hui, francophone ou non, élève ou adulte aurait besoin d’un peu de latin et de grec pour maîtriser réellement l’orthographe mais aussi la grammaire françaises, sans parler des proverbes et des expressions, comme « les fourches caudines » ou « le tonneau des Danaïdes », que nous employons parfois mal à propos car nous n’en connaissons pas toujours bien l’histoire.

Concrètement Les Petits Latins sont donc un accompagnement pour les élèves et les professeurs, en classe ou bien chez soi car les ouvrages avec leurs enrichissements contiennent tout pour pouvoir être abordé « en autonomie ». Ils peuvent également intéresser les parents, grands-parents, frères et sœurs souhaitant ou devant s’improviser pédagogues des plus jeunes à la maison. Les Petits Latins sont là aussi pour tous ceux qui ont eu le petit regret de ne pas avoir pu faire du latin ou de ne pas avoir persévéré. Ils sont enfin adaptés à ceux qui ont fait du latin durant leurs études et qui souhaiteraient se « rafraîchir » la mémoire, ou à ceux qui, intéressés par l’histoire, la philosophie ou la mythologie, n’ont pu aborder les textes qu’en traduction car ces ouvrages visent à terme à amener le lecteur à lire les œuvres originales. Pour ne citer qu’un exemple, le volume racontant le voyage d’Énée aux Enfers (le tome 2 de notre trilogie consacrée au héros), accessible à ceux qui n’ont jamais fait de latin, est truffé d’expressions empruntées à Virgile. En bref, Les Petits Latins s’apprécient à partir de 9-10 ans et au-delà.

J’ajoute que le mince format de ces ouvrages et les magnifiques illustrations de Djohr font qu’ils sont d’une lecture rapide et abordable pour les jeunes autant que pour les adultes pressés.

3. Quelles surprises nous réserve-t-elle ?

La première surprise est de découvrir les histoires racontées par ces petits livres, à savoir la jeunesse de Cléopâtre, la descente aux Enfers d’Énée, ou la traversée des Alpes par Hannibal. Je parlais tout à l’heure d’un savoir fertile et fédérateur : c’est une coïncidence que je trouve des plus heureuses, les trois premiers « Petits Latins » viennent de tous les bords de la Méditerranée. La deuxième surprise, la plus grande, est de s’apercevoir qu’il est tout à fait possible et facile de lire une page, puis un chapitre, puis un livre, en latin ! La troisième est d’admirer les belles illustrations de Djohr qui ornent ces ouvrages. La quatrième et non des moindres, est de voir la somme incroyable de connaissance que l’on peut acquérir grâce aux langues anciennes, depuis la grammaire et l’orthographe et l’expression française, jusqu’au cinéma et aux marvels, mais également en botanique, en astronomie sans parler d’histoire des arts. La dernière surprise, est qu’avec des enseignants comme les auteurs de ces petits livres, le lecteur se dira qu’il retournerait volontiers faire du latin en classe. Enfin mon souhait avec cette nouvelle série est de faire découvrir la magie de cette si belle langue qui en a semé tant d’autres et que les lecteurs se surprennent eux-mêmes à fredonner « rosa, rosa, rosam… »

Exemples des contenus

Cliquez sur l’illustration pour feuilleter davantage.

Cléopâtre, l’enfance d’une reine, pages 12-13 :

Énée aux Enfers, pages 10-11 :

Hannibal, terreur de Rome, pages 10-11 :

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