La peur de la liberté, d’Erich Fromm, et autres lectures libres

Notre sélection bibliographique du mois explore les différentes facettes de la liberté présentes dans notre catalogue.

Si nous ne t’avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, c’est afin que, doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de te modeler, de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aurait eu ta préférence. Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales ; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures qui sont divines. […] À l’homme naissant, le Père a donné des semences de toute sorte et les germes de toute espèce de vie.
Pic de la Mirandole,
Oratio de Hominis Dignitate.

Erich Fromm
La Peur de la liberté
Traduit de l’anglais ( États-Unis) par Lucie Erhardt et Séverine Mayol

L’homme est-il assez fort pour supporter la liberté ? Peut-il affronter les dangers et la responsabilité qu’elle induit ?
Car la liberté est avant tout un problème psychologique.

Erich Fromm, par son analyse magistrale des origines psychanalytiques du totalitarisme, fait la lumière sur les forces qui façonnent la société moderne. Si l’avènement de la démocratie a apporté la liberté, elle a donné naissance à une société dans laquelle l’individu se sent aliéné et déshumanisé.
L’homme moderne, dégagé des liens de la société primitive, qui le limitaient, mais le rassuraient, n’a pas encore pleinement conquis son indépendance. La liberté provoque en lui un sentiment d’isolement qui engendre à son tour l’insécurité et l’angoisse. Il met alors en place des mécanismes de fuite : l’autoritarisme, la destructivité ou un conformisme d’automate.

Erich Fromm (1900-1980), psychanalyste et sociologue, est l’un des premiers représentants de l’École de Francfort. Émigré aux États-Unis où il a vécu à partir de 1934, il a enseigné au Bennington College, à la Columbia University, puis à celle du Michigan et à Yale, ainsi qu’à l’Université nationale du Mexique.Il a aussi travaillé à l’École de Palo Alto et à Cuernavaca (Mexique) avec Paul Watzlawick. Au sein d’une œuvre considérable, on remarque L’art d’aimer, Avoir ou être, Espoir et révolution. Fromm a été le premier philosophe à plaider pour un revenu minimum universel.

Extrait • La liberté : un problème psychologique ?

L’histoire moderne de l’Europe et de l’Amérique est dominée par la lutte pour la conquête de la liberté arrachée aux liens politiques, économiques et spirituels qui ont enchaîné les hommes.
Cette bataille a été livrée par les opprimés contre ceux qui avaient des privilèges à défendre. Cette classe, qui combattait pour se libérer de la servitude, croyait lutter pour l’humanité tout entière et pouvait ainsi battre le rappel au nom d’un idéal commun à tous ceux qui voulaient secouer le joug. Au cours de cette longue action, pratiquement permanente, des classes qui combattaient l’arbitraire ont parfois fraternisé avec les ennemis de la liberté quand la victoire était assurée et que de nouveaux privilèges devaient être défendus.


STÉPHANE TOUSSAINT
La Liberté d’esprit
Fonction et condition des intellectuels humanistes

La lutte pour la liberté spirituelle donne sa signification à l’humanité, affirmait en 1944 le grand sociologue de la culture Alfred Weber.
Approfondissant un tel postulat, cette recherche consacrée à la liberté d’esprit emprunte ses exemples à certains intellectuels humanistes anciens et modernes, de Marsile Ficin à Erwin Panofsky et au-delà, tout en s’interrogeant sur les conditions d’une pensée libre aujourd’hui.


JEAN-FRANÇOIS ROBREDO
Suis-je libre ?
Désir, nécessité et liberté chez Spinoza

Pourquoi Spinoza ? Parce qu’il est le penseur de la liberté et de la nécessité, du désir et de la raison, de l’individu et de la société, de l’homme et de la nature. Ces tensions sont le signe de son incroyable exigence : il a toujours voulu philosopher vraiment, sans limites, sans peurs, guidé par la seule vérité, visant la joie et la puissance. Tensions mais aussi intensité : la pensée de Spinoza enthousiasme, bouleverse, élève, autrement dit libère. C’est ce que cet essai voudrait montrer en s’intéressant justement à sa conception de la liberté humaine.


NICOLAS TANTI-HARDOUIN
La Liberté au risque de la santé publique

Manger cinq fruits et légumes par jour, surveiller son poids, ne pas fumer, faire de l’exercice physique, ne pas abuser de l’alcool, contrôler sa sexualité pour éviter le Sida et autres maladies sexuellement transmissibles, prendre garde aux addictions, lutter contre le cancer, le diabète, les accidents de la route : telles sont quelques-unes des injonctions qui envahissent au quotidien nos vies privées.

La définition des conduites à risques est aujourd’hui configurée par les experts de la santé publique à partir d’une rhétorique du contrôle et du gouvernement des corps.


MARCEL CONCHE
La Liberté

Parmi tous les êtres de la nature, la liberté est le propre de l’être humain. Certes, l’homme est un « roseau pensant ». Il pense le réel. Il dit « Cela est. Je suis », et il prononce, ou peut prononcer, une infinité de jugements vrais. Mais cette ouverture à la vérité qui constitue l’être de l’homme, n’est possible que par la liberté : j’entends la liberté à l’égard de toute détermination causale. Un perroquet peut être conditionné à dire : « Il fait jour » quand il fait jour. Mais je dis : « Il fait jour » parce que je vois qu’il est vrai qu’il fait jour : mon jugement est déterminé par la seule vue de la vérité, et la vérité n’est pas une cause, n’étant pas quelque chose dans le monde. Certes, l’homme libre en droit ne l’est pas toujours en fait. Bien des jugements ne sont que l’expression servile d’un intérêt, d’un désir, d’une humeur, d’une influence ou d’une habitude. Il y a la liberté serve de l’homme dominé par ses penchants, et la « liberté libre » (Rimbaud) de l’homme libre.


PIERRE-JOSEPH PROUDHON
Liberté, partout et toujours

Un Proudhon certes foncièrement anarchiste, fédéraliste, anti-étatiste pour tout dire, mais parfois plus proche d’être un libéral anticapitaliste et antibourgeois qu’un socialiste et dont le combat constant pour l’émancipation de la classe ouvrière va de pair avec une rude opposition au communisme. Voici le Proudhon (1809-1865) que ce volume dévoile en bousculant nombre d’idées convenues à son sujet: entre autres, que la propriété est loin d’être forcément un « vol ».


PIERRE GRIMAL
Les Erreurs de la liberté

La Liberté ou la Mort ? Dilemme mensonger, répond Grimal: la véritable Liberté ne s’est toujours accomplie pleinement que dans la Mort.

D’où vient alors le mythe Liberté, porteur de tant d’espérances qui apportèrent tant de massacres? Ici en sont racontées la naissance et l’émergence, de sa définition primitivement négative (etre libre, c’est ne pas être esclave) à son acception métaphysique (la liberté de conscience et d’être) en passant par son ambigu avatar politique (la liberté civique).

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