Sciences et humanités : Vincent Le Biez renoue le dialogue politique entre les « deux cultures »

À l’instar des Deux cultures, célèbre conférence de Charles Percy Snow publiée en 1959 et rééditée conjointement, Vincent Le Biez propose dans Platon a rendez-vous avec Darwin d’aborder plusieurs grandes questions de philosophie politique en renouvelant le dialogue entre les sciences naturelles et les sciences sociales.

Vincent Le Biez a 35 ans, il est originaire du Cotentin où il a fait ses études jusqu’en classes préparatoires. Ancien élève de l’École Polytechnique et de l’École des Mines de Paris, il est haut fonctionnaire au Ministère de l’Économie et des Finances. Formé selon un cursus scientifique et passionné par la philosophie politique, il cherche à conjuguer ces deux domaines de la connaissance.

Dans Platon a rendez-vous avec Darwin, il conçoit neuf duos culturels [Charles Darwin et Platon, Xavier Bichat et Thomas Hobbes, Richard Dawkins et Jean-Jacques Rousseau, Rudolf Clausius et Henri Bergson, Sadi Carnot et Hannah Arendt, Geoffrey West et Ivan Illich, Ludwig von Bertalanffy et Friedrich Hayek, Ernst Ising et Alexis de Tocqueville, Ilya Prigogine et Charles Percy Snow], en autant de chapitres, dans lesquels nous croiserons également les feux de Jared Diamond, Sylvain Tesson, Jacques Monod, Nassim Nicholas Taleb, Olivier Rey, Leopold Kohr, Antoine de Saint-Exupéry ou encore François Roddier. Une savante réconciliation qui propose de dépasser le débat politique entre conservatisme et progressisme pour le situer à un tout autre niveau …

Conjointement à la parution de cet essai, nous rééditons la conférence prononcée à la Fondation Rede par Charles Percy Snow en 1959, Les Deux cultures, accompagnée de ses Suppléments, ajoutés par l’auteur quatre ans plus tard, et suivie de l’État de siège, inédit en France, dans lequel Snow s’attaque à ce qu’il estime le plus grand défi de son temps, en 1968 : la faim dans un monde surpeuplé, aux ressources limitées. Le retentissement de ces propos, volontairement simples et accessibles, n’en finit pas aujourd’hui de faire écho tant dans les mondes scientifiques que littéraires.


Voici plusieurs extraits de ces deux ouvrages en librairie le 14 janvier 2021, suivis par une biographie sélective d’essais parus aux Belles Lettres, susceptibles de vous intéresser tout autant.


Nous sommes les enfants de la contingence qui cherchons à défier la nécessité. Nous sommes des funambules, capables d’éblouir… comme de tomber.
Vincent Le Biez

Une pensée du chemin plutôt que de la destination

• Extraits de l’introduction de Platon a rendez-vous avec Darwin, de Vincent Le Biez •

La pensée scientifique a toujours irrigué et influencé la philosophie politique, bien que ces deux domaines apparaissent désormais disjoints. L’influence la plus déterminante a été celle de la science classique qui s’est développée avec Galilée, Descartes, Newton ou encore Laplace. Une physique dont les lois sont universelles et déterministes, où le temps n’a pas de direction particulière, où les quantités fondamentales sont conservées (énergie, quantité de mouvement, moment cinétique…). Une science qui a conduit à la formulation de principes politiques universels, délaissant la contingence au bénéfice de la nécessité. Ainsi, les Lumières ont été largement influencées par les connaissances scientifiques des XVIIe et XVIIIe siècles. Voltaire, Diderot, Rousseau, Locke, Kant, chacun à leur manière, ont contribué à forger une pensée politique universelle et intemporelle, visant à rationaliser l’organisation sociale sous la forme d’un contrat, à promouvoir l’universalisme moral et le libéralisme politique, ou encore à instaurer une paix perpétuelle. (…)

D’autres courants de pensée philosophique partagent ce même héritage, qu’il s’agisse du positivisme d’Auguste Comte ou de l’utilitarisme de Jeremy Bentham et John Stuart Mill. Ces penseurs ont cherché à définir les lois de la mécanique sociale sur le modèle de la mécanique newtonienne. La décomposition de la société en atomes, pour mieux en percer les lois, a contribué à installer une vision individualiste, au détriment de certaines approches holistes dont l’influence était prépondérante dans les sociétés traditionnelles. L’émancipation des individus cherchant à « maximiser leurs possibles » est devenue la valeur suprême dans des sociétés supposées dépourvues de transcendance. De façon plus contemporaine, la promotion du libre-échange et celle du multiculturalisme, deux des tendances les plus marquantes et transformantes de notre époque, peuvent s’expliquer par cet attachement à des principes universels et par cet effacement progressif du particulier.

La théorie de l’évolution des espèces a constitué une rupture majeure dans l’histoire des sciences, en introduisant l’histoire dans les phénomènes naturels et en donnant un sens à la flèche du temps. Les espèces semblant se perfectionner au fil du temps, cela a conduit à l’idée, développée par Jean Baptiste de Lamarck, d’une force interne les menant vers une plus grande complexité. Bien que nous sachions que la vision téléologique, c’est-à-dire finaliste, de Lamarck est erronée et qu’il faille lui préférer l’approche de Darwin, dépourvue de finalité, force est de reconnaître que l’on ne se débarrasse pas du finalisme et de la téléologie si facilement. Il est plus simple de penser que le cou des girafes s’est allongé pour pouvoir manger les feuilles en haut des arbres que de se représenter le processus de sélection naturelle qui a conduit à favoriser les girafes par rapport à d’autres espèces parce qu’elles étaient plus adaptées au milieu. Ce raccourci, ou plutôt cette confusion, entre téléonomie et téléologie a conduit, dans le champ politique, à légitimer une pensée finaliste et progressiste. Les sociétés humaines seraient ainsi mues par une force interne leur permettant de se développer sur les plans technique, économique, social et moral. Leibniz, Hegel ou encore Marx ont développé cette idée d’un mouvement inexorable, d’un sens de l’Histoire, qu’il s’agisse d’une théodicée ou bien de la prophétie de la dictature du prolétariat.

Le débat entre progressisme et conservatisme se résume souvent à une opposition entre le mouvement et la stabilité, pour ne pas dire l’immobilisme. Posé dans ces termes, il conduit forcément à la victoire du progressisme puisqu’il est évident que nos sociétés ne cessent d’évoluer, comme le font les espèces vivantes. Mais le véritable débat n’est pas là : il se situe plutôt entre une vision lamarckienne et darwinienne de l’évolution des sociétés humaines, c’est-à-dire entre la téléologie et la téléonomie, entre la certitude du progrès et sa fragile possibilité. (…)

Cet ouvrage est un dialogue entre des scientifiques et des penseurs politiques. Ces deux manières d’appréhender le monde sont très différentes mais elles se répondent en réalité, dans un même souci de compréhension et de connaissance de systèmes complexes. Il se trouve que la bibliothèque où sont rangés mes livres de référence est structurée en trois étages : les sciences physiques et naturelles en bas, les sciences sociales au milieu et la philosophie politique en haut. J’ai longtemps pensé que les sciences sociales étaient un intermédiaire indispensable pour relier les deux autres domaines suscitant mon intérêt. J’ai découvert qu’en réalité un dialogue direct était possible entre ces deux univers, entre ces « deux cultures », pour reprendre le titre de la célèbre conférence de Charles Percy Snow. Loin de faciliter ce rapprochement, les sciences sociales peuvent, d’un certain point de vue, l’obscurcir en cherchant à appliquer aux systèmes sociaux et politiques des méthodes dont le domaine de validité excède difficilement le champ des systèmes physiques et naturels. (…)

La vision politique qui se dégage d’une telle approche fait la part belle aux concepts d’ordre, de complexité, de transmission et de subsidiarité et ne se laisse enfermer ni dans une perspective progressiste ni dans une approche conservatrice. Une philosophie qui récuse la logique de la table rase mais qui reconnaît l’existence de transitions de phase, où des évolutions mineures dans les conditions initiales locales peuvent tout à fait conduire à des évolutions majeures au niveau global. Une pensée du chemin plutôt que de la destination, de la contingence plutôt que de la nécessité.

Évolution et progrès

• Extrait du premier chapitre de Platon a rendez-vous avec Darwin, de Vincent Le Biez •

Qu’ils soient libéraux, conservateurs, progressistes, communistes, anarchistes, écologistes, réactionnaires, tous les penseurs politiques ont en commun la quête d’une direction susceptible d’entraîner la société vers un état jugé préférable. Discuter d’une théorie politique, c’est à la fois s’interroger sur l’opportunité de la direction proposée, mais aussi sur le réalisme du chemin pour y parvenir. Une organisation politique est un système complexe, social en l’occurrence, qui change continuellement. Pour bâtir une théorie de l’évolution des systèmes politiques, il est logique de se pencher sur une théorie scientifique existante, à savoir la théorie de l’évolution des espèces vivantes.

Le propre de la politique, c’est le contestable

• Extrait du chapitre Les Deux cultures, Ilya Prigogine et Charles Percy Snow, de Platon a rendez-vous avec Darwin, Vincent Le Biez •

(…) Les sciences sociales ne peuvent donc, dans le meilleur des cas, que mettre en avant des énoncés plausibles, qui ne seront valables qu’en certains lieux et en certains temps. En cela, elles ne peuvent accéder au même niveau de formalisme mathématique que les sciences physiques, au risque de les éloigner de leur objet d’étude.

Qu’en est-il de la politique ? La politique étant l’art de faire des choix collectivement, elle ne saurait relever de l’ordre de l’évidence comme les mathématiques, ni même de l’ordre du falsifiable comme les sciences naturelles ou même du plausible comme les sciences sociales. Le propre de la politique, c’est le contestable, c’est-à-dire ce qui peut faire l’objet d’une contestation. Un énoncé ne peut être qualifié de politique que si l’on admet qu’une personne de bonne foi y puisse trouver motif à désaccord. Le responsable politique ne saurait donc pas prétendre apporter une vérité objective. Il lui est loisible, en revanche, de donner un éclairage au monde, afin de le rendre intelligible. L’intelligible plutôt que le vrai : le matériau de base du politique reste la réalité, comme pour le scientifique, mais une réalité beaucoup plus complexe et diffuse qu’il s’agit de simplifier dans ses traits les plus significatifs. Si cette mise en ordre du chaos du monde est bien entendu subjective, elle est plus ou moins pertinente et persuasive. Dans la lignée de Bichat et d’Hayek, il faut aujourd’hui adresser une mise en garde : rien n’est moins scientifique que le scientisme, rien n’est moins pertinent que d’utiliser certaines méthodes en dehors de leur champ d’application. Autant deux et deux feront toujours quatre, et un atome d’hydrogène sera toujours composé d’un proton et d’un électron, autant les grandes « lois » politiques, économiques et sociales seront toujours bien plus précaires.

Nous serions impardonnables de laisser une autre génération devenir aussi vastement ignorante

• Extrait de Supplément aux Deux cultures, de Charles Percy Snow •

« Cette conférence [ Les Deux cultures] peut se résumer à peu près comme suit. Dans notre société (je veux parler de celle des pays développés du monde occidental), nous ne pouvons même plus prétendre avoir ne fût-ce qu’un simulacre de culture commune. Des personnes ayant reçu la formation la plus intensive qui soit sont désormais incapables d’entamer, sur le plan de leurs préoccupations intellectuelles majeures, le moindre dialogue. Ce fait est grave : il met en danger notre vie créatrice, notre vie intellectuelle et, surtout, notre vie tout court. Il nous amène à interpréter le passé de travers, à méjuger le présent et à nous interdire tout espoir en l’avenir. Il freine, voire paralyse, nos initiatives les plus constructives.

Ce défaut de communication, je l’ai symbolisé en quelque sorte par deux groupes humains représentant ce que j’ai baptisé « les deux cultures ». L’un de ces groupes était celui des scientifiques, dont point n’est besoin de souligner le poids, les réalisations et l’influence. L’autre était celui des intellectuels littéraires. Je n’ai pas voulu dire que les intellectuels littéraires étaient, dans le monde occidental, les principaux arbitres des décisions à prendre. J’ai voulu dire qu’ils représentent, traduisent et, dans une certaine mesure, forment et conditionnent l’état d’esprit de la culture non scientifique : ce ne sont pas eux qui décident, mais leurs paroles s’insinuent dans les esprits de ceux à qui incombent les décisions. Entre ces deux groupes — les scientifiques et les intellectuels littéraires —, il n’y a pratiquement pas de dialogue possible. Au lieu de se considérer comme des collègues, ils éprouvent les uns à l’égard des autres une sorte d’hostilité larvée.

Je viens de tenter de décrire, très sommairement et très approximativement, l’état de choses qui existe actuellement chez nous. Que je déteste et déplore passionnément cet état de choses, je croyais l’avoir suffisamment souligné. Or, fait curieux, certains commentateurs ont présumé que je l’approuvais ; sur ce point, je m’avoue battu et me console en marmonnant le vers réconfortant de Schiller : « Mit der Dummheit kämpfen Götter selbst vergebens. » « Contre la bêtise, les dieux eux-mêmes ne peuvent rien. »

Mais terminons-en avec ce résumé. Il n’existe évidemment pas de solution parfaite. Les conditions du monde actuel, comme celles des temps futurs que nous sommes à même d’imaginer, font que l’homme de la Renaissance n’est plus possible. Mais nous ne sommes pas totalement impuissants pour autant. Le principal moyen d’action dont nous disposons est l’éducation — dans les établissements primaires et secondaires surtout, mais aussi dans les collèges et les universités. Nous serions impardonnables de laisser une autre génération devenir aussi vastement ignorante, ou aussi incompréhensive et égoïste, que ne l’est la nôtre. »

L’appauvrissement intellectuel

• Extrait des Deux cultures, de Charles Percy Snow •

« Ces hommes [les scientifiques] sont, ne l’oublions pas, extrêmement intelligents. Leur culture est, à bien des égards, une culture exigeante et digne d’admiration. L’art n’y est guère à l’honneur, à l’exception (et l’exception est de taille) de la musique. Échanges verbaux, discussions fondées sur le raisonnement, disques longue durée, photographie en couleur. L’oreille — et, dans une certaine mesure, l’œil. De livres fort peu, bien qu’il n’y ait, je crois, pas beaucoup de scientifiques qui iraient aussi loin qu’un de leurs congénères d’un niveau, à vrai dire, inférieur à celui des gens dont je viens de parler) à qui l’on demandait quels ouvrages il lisait et qui répondit sans se troubler : « Des livres ? J’aime mieux me servir des miens comme outils ». On pouvait difficilement ne pas s’arrêter sur cette réponse… Quel genre d’outil peut bien faire un livre ? Un marteau, peut-être ? Ou alors une sorte de bêche primitive ?

De livres, donc, fort peu. Et, en ce qui concerne ceux qui sont le pain quotidien des littéraires, pratiquement rien. Non pas que les scientifiques se désintéressent de l’aspect psychologique, moral ou social de la vie. Pour ce qui est de la vie sociale, ils s’y intéressent indiscutablement plus que la plupart d’entre nous. Pour ce qui est de la vie morale, ils constituent à tout prendre le groupe d’intellectuels le plus solide que nous ayons ; la morale est partie intégrante de la science elle-même, et presque tous les scientifiques forment, dans ce domaine, leur propre jugement. Pour ce qui est, enfin, de la vie psychologique, ils y attachent tout autant de prix que la plupart d’entre nous, bien qu’il m’arrive parfois de penser qu’ils y viennent relativement tard. Ce n’est pas que les motivations leur manquent. C’est plutôt que toute la littérature de la culture traditionnelle leur apparaît étrangère à ces motivations — ce en quoi ils se trompent évidemment du tout au tout. Cette erreur a pour résultat d’amoindrir leurs facultés d’imagination : ils s’appauvrissent eux-mêmes.

Et les intellectuels littéraires, direz-vous ? Eux aussi s’appauvrissent, et plus gravement encore, peut-être, du fait qu’ils en tirent davantage vanité. Ils s’obstinent à prétendre que la culture traditionnelle constitue toute la « culture ». Comme si les lois de la nature n’existaient pas. Comme si l’étude de ces lois ne présentait d’intérêt ni en soi, ni sur le plan pratique. Comme si l’édifice scientifique du monde physique n’était pas, dans sa profondeur intellectuelle, sa complexité et son articulation, l’œuvre collective la plus belle et la plus étonnante que l’esprit de l’homme ait jamais conçue. La plupart des non-scientifiques, toutefois, n’ont aucune idée de ce qu’est cet édifice. Ils ne le pourraient d’ailleurs pas, quand bien même ils le voudraient. On dirait que toute une catégorie d’intellectuels est atteinte de surdité tonale — à ceci près que cette surdité tonale est le fait, non pas de la nature, mais de leur éducation — ou, plutôt, de leur absence d’éducation. »

L’état de siège

• Extrait d’État de siège de Charles Percy Snow •

Oui, nous regardons ailleurs. Nous ne nous projetons pas vers l’extérieur : nous nous tournons vers l’intérieur. Nous tirons, comme on dit, le rideau, et chacun d’entre nous essaie de former une enclave à soi. Une enclave, un refuge, un endroit où s’isoler du bruit. Un groupe à soi. Faire des enclaves : c’est là un des symptômes de notre malaise. Il est visible tout autour de nous, en petit comme en grand. Certaines de ses formes les plus grandes touchent le monde entier. Le regain des nationalismes, par exemple, et en particulier des petits nationalismes qui avaient presque disparu à une époque qui s’ouvrait davantage sur l’extérieur. Prenons la petite île où je suis né. Il aurait paru très curieux, il n’y a encore pas si longtemps, d’apprendre qu’une part importante des Écossais et des Gallois éprouvent une vive émotion à la perspective de s’enfermer dans de petites enclaves à eux. Non sans se rendre en même temps les choses très difficiles, au moins au pays de Galles, en ravivant un sérieux problème linguistique. Il se passe la même chose en Belgique, un des pays les plus prospères et les plus densément peuplés au monde : s’il existe la moindre possibilité de s’enfermer derrière les murs d’une langue, alors, dans le climat qui est le nôtre aujourd’hui, nous nous y précipitons.

Mais une des grandes manifestations de ce besoin de former des enclaves, qui s’observe partout dans le monde, est le comportement de larges couches de la jeunesse. Car les jeunes, eux aussi, se replient sur eux-mêmes : sur leurs coutumes, souvent sur une langue à eux, souvent encore sur un pays enchanté où les « structures », comme ils disent, n’existent tout simplement pas. Ils se créent en réalité des mondes privés et fermés, même ceux qui descendent dans la rue ; car dès lors qu’on rejette les structures, c’est toute la société que l’on rejette, tout type de société, primitive, avancée et même anarchiste, pour aller se blottir dans un refuge à soi.

Je pourrais continuer longtemps la liste des enclaves que nous voyons se former tout autour de nous, ou que nous nous fabriquons pour nous-mêmes. La race et la couleur sont les plus fermées, les plus excluantes de toutes. Mais ce sont les petites formes du processus qui sont les plus visibles. Les formes auxquelles nous sommes si nombreux à participer.

Soyons honnêtes. Nous avons tous tendance, ou la plupart, à nous réfugier, par confort, dans de petits groupes à nous. Il est bien sûr naturel d’aimer son semblable, d’être plus à l’aise avec les gens qui ont les mêmes liens, les mêmes souvenirs que nous. En vieillissant, nous ne sommes en général aidés que du petit nombre de personnes qui nous connaissent depuis longtemps. C’est naturel. Mais nous nous servons souvent des sentiments naturels comme d’une excuse. Nous nous renfermons au-delà du naturel. Comme je l’ai déjà dit, nous tirons le rideau et prenons soin de ne pas écouter ce qui se passe dehors, dans la rue. Nous nous conduisons comme si nous étions en état de siège.


Le 14 janvier 2021 en librairie

Vincent Le Biez, Platon a rendez-vous avec Darwin

  • 14 x 21 cm, broché
  • 192 pages
  • Bibliographie, 15 illustrations couleurs
  • EAN13 : 9782251451534
  • 17 €

Charles Percy Snow, Les Deux cultures suivi d’État de siège, traduit de l’anglais par Claude Noël et Christophe Jaquet, introduction de Stefan Collini

  • 12,5 x 19 cm, broché
  • 208 pages
  • Collection Le goût des idées, n°70
  • EAN13 : 9782251451589
  • 13,90 €

Bibliographie complémentaire

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