Le Questionnaire de la Chouette : Didier Goux

Didier Goux est né en 1956, pour n’avoir pas trouvé le moyen de faire autrement. Il vient donc de passer soixante ans à éviter autant que possible de se rendre utile à la société et nuisible à ses voisins. Il a néanmoins la chance d’être entouré d’une femme aimante, d’un chien fidèle et de deux chats plutôt indifférents.

Vous êtes une chouette. Sur quelles branches spécifiques du savoir vous posez-vous le plus naturellement ?

Didier Goux – Sur la branche historique, sans hésitation mais avec une certaine méfiance, tant il me semble que l’époque où tous les historiens savaient s’exprimer en un français clair et élégant est presque entièrement révolue (pas complètement, par chance). J’aime aussi beaucoup les livres de cuisine, plus que tous autres propres à de grandes rêveries salivaires.

Quel texte de l’Antiquité vous a particulièrement frappé, et pourquoi ?

D. G. – Au risque de dévoiler à tout le monde quelle sorte d’ignare je suis, je crois n’avoir été « frappé » jamais par aucun texte antique, même si j’en ai lu quelques-uns, souvent avec intérêt, parfois avec plaisir. Pourtant, je ne m’avoue pas encore tout à fait vaincu ; ainsi ai-je retenté ma chance, récemment du côté de chez Homère : quitte à provoquer des frissons d’horreur, je dois dire que je m’y suis assez fermement ennuyé.

À quoi ressemble votre bibliothèque ?

D. G. – Elle ressemble à une pièce qui ne posséderait pas assez de murs (ou trop de fenêtres, c’est selon) pour espérer un jour pouvoir y adosser suffisamment d’étagères. Comme, d’autre part, je possède un sens du classement très approximatif, la règle non écrite veut que je ne retrouve jamais le livre que j’y suis venu chercher ; ou alors le lendemain du jour où, de guerre lasse, je suis allé le racheter ; achat qui, bien entendu, a pour effet d’aggraver encore le surencombrement. Il m’arrive, certains matins gris, d’envisager l’auto-da-fé voire le suicide.

Quelles autres passions inavouées côtoient votre amour des livres ?

D. G. – Celle du silence, uniquement piqueté, l’hiver, par les piaillements des oiseaux qui tournoient autour de la cabane à graines de tournesol, ponctuellement remplie pour eux. De plus en plus difficile à satisfaire dans un monde où la musique obligatoire se conduit en implacable despote, et où les gens semblent, à la lettre, ne plus entendre le bruit, c’est aussi, hélas, une passion qui s’intensifie avec l’âge ; et il arrive un moment – j’y suis – où la simple perspective d’un bruit non encore survenu suffit à gâcher l’heure présente.

Choisissez une découverte qui vous a marqué durant vos lectures,  que vous souhaiteriez délivrer au reste du monde :

D. G. – Il y en a beaucoup. Mais si l’on veut bien écarter les « découvertes », certes importantes mais que tout le monde a plus ou moins faites de son côté et avant moi (Proust, Chateaubriand, Balzac…), je citerais Eugène Nicole, écrivain français vivant, né et grandi à Saint-Pierre-et-Miquelon (ce qui serait déjà une suffisante originalité) : son ensemble de romans (mais sont-ce bien des romans ?) intitulé L’Œuvre des mers est un magnifique monument élevé à son île natale.

Remontons le temps. Vous pouvez choisir une date et un lieu à visiter à votre convenance, où partez-vous ?

D. G. – Alors, ça, cette rêverie que j’ai eue très souvent, cela dépend presque entièrement de l’époque dans laquelle me plongent les livres d’histoire que je lis au moment où elle se déclenche. J’ai ainsi été terriblement médiéval durant plusieurs années, avec une attirance particulière pour le siècle de saint Louis. La Grèce de Périclès a pu avoir son charme à mes yeux, mais j’aurais eu trop peur de ne pas être capable d’apprendre la langue. Actuellement, et depuis un assez long moment en fait, je me sens très Second Empire : une époque suffisamment proche de la nôtre pour que je ne sois pas trop déconcerté par les cartes des restaurants parisiens.

Vous pouvez dans l’heure acquérir les compétences nécessaires pour exercer un tout autre métier, sans rapport avec le livre. Que choisissez-vous ?

D. G. – N’ayant jamais très bien saisi l’intérêt de travailler, autre que monétaire – même si je n’arrête pas depuis près de quarante ans –, je ne vois aucun métier pour m’attirer au point de l’exercer. Ou alors chanteur d’opéra, mais je suis bien vieux et je fume trop pour que ce rêve-là soit efficace.

Quel livre de notre catalogue, en dehors de votre domaine privilégié, vous donne envie de vous y plonger ?

D. G. – Je vais vous répondre : Berthe au grand pied et sa suite, Les Enfances de Charlemagne, de Rémi Usseil. Mais, ce faisant, je triche de manière éhontée, puisque d’une part Usseil est un ami, et parce que d’autre part j’ai déjà lu les deux ouvrages cités. Comme cette question est la dernière, je crains de laisser vos lecteurs sur une bien déplorable impression de ma personne…

Découvrir un extrait du Chef d’œuvre de Michel Houellebecq


En librairie :

Didier Goux – Houellebecq.jpg

Didier Goux – En territoire ennemi.jpg

Tagged with: , , , , , , , ,
Publié dans L'inattendu

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Bienvenue sur le blog des éditions
En direct sur Instagram
NOUVEAUTÉ ÉRUDITION dans la collection #MondesAnciens : Claude Calame, Tragédie chorale : poésie grecque et rituel musical.  La #tragédie grecque comme dramatisation du héros confronté à son implacable destin ? La tragédie attique comme expression même du « tragique » ? À vrai dire les actions héroïques mises en scène dans la #tragédiegrecque sont redevables d’une perspective anthropologique et ethnopoétique. Ces dramatisations sont en effet des manifestations musicales au sens grec du terme, impliquant chant, accompagnement instrumental et gestualité chorégraphique : pratiques vocales en performances musicales ritualisées dont le texte n’est pour nous que la lointaine trace écrite ; pratiques rituelles prenant sens et efficacité, comme actes de chant, dans un contexte d’ordre à la fois politique, religieux et culturel. 
#Poésiegrecque #Musiquegrecque #Grèceantique #choeur #chantchoral #Œdipe #Jocaste #Hippolyte #Phèdre #Xerxès #Thèbes #Trézène #Eschyle #Euripide #Sophocle #Athènes #Vendredilecture critique, avec #BarbeydAurevilly qui fustige le théâtre contemporain (tome VII des Oeuvres en librairie), #LéonBloy le fulminant par Pierre Glaudes, mais aussi #Bernanos, #Steiner, #Ricoeur, London, #PierreJeanJouve tous au catalogue depuis peu.
Avec la chouette, ne perdez ni votre latin, ni votre mordant. Excellent week-end ! La chouette profite de la pénombre recherchée pour vous présenter sur le blog des Belles Lettres cet étonnant traité de l'Antiquité tardive composé par un citoyen éclairé anonyme à l'adresse du Chef d'Etat. Conseils avisés sans parti pris idéologique autre que le retour au bon sens. Dégustez plusieurs extraits sur le blog et ce soir sur Facebook. #CUF #Budés #AffairesMilitaires #Militaria #Antiquitétardive #moralisationdelaviepolitique #corruption #richesses #reformedelaloi NOUVEAUTÉ Partons en #Inde ou aux #Indes avec Michel Angot qui réussit en près de 900 pages à embrasser plusieurs milliers d'années et un espace aux dimensions de l'Europe, en ayant recours aux sources les plus étendues et tenant ensemble les traces du temps, de l'Antiquité à nos jours : un tour de force, une véritable fabrique de l'Histoire, aujourd'hui en librairie.
#India #Voyage #Histoire #Histoiredesindes NOUVEAUTÉ Le troisième tome de la série sur l'Histoire de la littérature grecque chrétienne dirigée par Bernard Pouderon vient de paraître. Ce tome couvre toute la production littéraire du IIIe siècle. L’exégèse, l’historiographie, la pastorale, mais également les spéculations théologiques et la polémique religieuse, y occupent une place essentielle. Parmi les auteurs les plus importants ici présentés figurent Clément d’Alexandrie, Origène, Hippolyte de Rome (ainsi que le corpus attaché à son nom), Méthode d’Olympe et Eusèbe de Césarée, qui, dans la diversité de leurs écrits, ont donné non seulement à la pensée, mais aussi à la littérature chrétienne ses premières lettres de noblesse. Sur notre blog, la présentation de cette série exceptionnelle a été mise à jour. #Littératurechrétienne #Christianismeprimitif #Premierschrétiens #Antiquitétardive #Anedor NOUVEAUTÉ Le deuxième volume de notre nouvelle collection #DocetOmnia : La Politique des chaires au #CollègedeFrance. Sous la direction de : Wolf FEUERHAHN, Préface de : Antoine COMPAGNON.
Sur la base de nombreux documents inédits issus notamment des archives du Collège de France, cet ouvrage revisite l’autodéfinition de la plus fameuse institution savante française et invite à reconsidérer la fabrique et le partage des savoirs dans l’enseignement et la recherche.
#Savoirs #Enseignement #Recherche #Institutionsfrançaises NOUVEAUTÉ Le tome VII de l' Œuvre critique de Barbey d'Aurevilly, sur le Théâtre contemporain.
La mise à mort par estocade de la comédie, le mépris des « faiseurs dramatiques », la pauvreté de la littérature dramatique, l’émoi de la danse et l’hymne aux acteurs et un « énorme pouah ! » pour couronner le tout : voici que Barbey mord « à pleine bouche et à pleines dents dans nos plates mœurs dramatiques contemporaines »
#Théâtre #Théâtrecontemporain #Critiquelittéraire #Littératureclassique #BarbeydAurevilly Une valise de Budés ! Signe extérieur de richesse intérieure, envoyé par Rafael Vila (LiquidsRoma sur Twitter). Merci !
#CUF #Budés #Humanisme #Languesanciennes #Antiquité #TeamLatin #TeamGrec

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 181 autres abonnés

En direct sur Twitter
Archives
%d blogueurs aiment cette page :