Le Questionnaire de la Chouette : Pierre Brulé

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Pierre Brulé

Pierre Brulé a enseigné l’histoire grecque à l’université de Rennes 2. Il est l’auteur de Périclès : L’apogée d’Athènes (1991), La Grèce d’à côté. Réel et imaginaire en miroir en Grèce antique (2007) et Les femmes grecques à l’époque classique (2006). Il a également dirigé le volume La norme religieuse en Grèce( 2011). Aux Belles Lettres en 2012, il a publié Comment percevoir le sanctuaire grec ? Une analyse sensorielle du paysage sacré et tout récemment Les Sens du poil (grec). Du rugby à d’Artagnan en passant saluer Aristophane, il nous fait aujourd’hui partager son univers peu commun.

Vous êtes une chouette. Sur quelles branches spécifiques du savoir vous posez-vous le plus naturellement ?

Poursuivant avec la métaphore arboricole chevêche, j’esquiverai la réponse : sur les branches sommitales, qui témoignerait de ma fatuité espiègle et, redevenant « sérieux », je vous dirai sans forfanterie cette fois : tout, naturellement. Dans ce tout : la musique (le chant), la littérature, les mathématiques, le rugby, la cuisine, le cinéma et l’histoire des Grecs de l’Antiquité (des autres aussi, le temps restant).

Quel texte de l’Antiquité vous a particulièrement frappé, et pourquoi ?

Ça n’est pas un texte, c’est, à 31 ans, l’année de ma maîtrise, la découverte du théâtre d’Aristophane, lu dans la traduction de V. H. Debidour. J’éprouve quelque peine à exprimer les raisons de mon immédiat attachement : peut-être, d’abord, la surprise, ensuite, amoureux comme je suis des mots, la jouissance de son extraordinaire invention verbale, puis, le connaissant de mieux en mieux, la satisfaction de constater qu’il échappe à tous les classements sommaires dans lesquels on a voulu le cataloguer.

À quoi ressemble votre bibliothèque ?

Mes amis sont étonnés et doutent si ce n’est de mon discernement, au  moins de ma rigueur. « Comment tu peux faire ? Tes bouquins, tu ne les classes pas par sujet (musique et peinture exceptées), pas par auteur, pas par thème ni par date, ni par éditeur, ni par couleur, c’est n’importe quoi ! » Nécessité fait loi, car il y a les volumes et le volume. Les premiers sont rangés de telle sorte que le second permette encore et toujours une disponibilité pour les premiers. Et je compte bien que cela dure.

Quelles autres passions inavouées côtoient votre amour des livres ?

J’ai cité plus haut une passion qui n’appartient pas à ce qui s’avoue, qui doit beaucoup à une transmission patrilinéaire et explique en partie mon repli en Ovalie, le rugby. J’ajoute la cueillette des girolles à Bois Habert, plus largement mon intérêt pour la botanique des prés et des bois, et cette autre discipline historique qu’est la géologie et puis… (vous ne me croirez pas) l’enseignement de l’histoire grecque ; une fois la retraite de fac sonnée, je n’ai pu m’en passer et n’ai eu de cesse que de pouvoir transmettre, encore…

Choisissez une découverte qui vous a marqué durant vos lectures,  que vous souhaiteriez délivrer au reste du monde :

L’emphase de votre langage chevêche me gêne. Je n’ai pas la prétention de « délivrer au reste du monde » quoi que ce soit !  Mais je ne me défilerai pas : je tiens pour fondamentales deux « découvertes » qui ont jalonné ma vie : les femmes et l’univers. La lente et inéluctable progression de la place des premières dans les sociétés – et il reste du chemin ! La lente et inéluctable progression de l’interprétation du second dans nos esprits.

Remontons le temps. Vous pouvez choisir une date et un lieu à visiter à votre convenance, où partez-vous ?

Le premier lundi du mois d’avril 1625, me trouver dans un bourg du val ligérien, sur la rive droite d’un superbe fleuve, entre Orléans et Blois, en la ville de Meung-sur-Loire, très exactement, à l’auberge de Franc Meunier. Visiter n’est pas le mot. Pour assister à deux scènes : au premier regard de d’Artagnan pour milady «aux mains d’albâtre » et au premier affrontement entre le cadet du Béarn et l’« Homme de Meung », Rochefort.

Vous pouvez dans l’heure acquérir les compétences nécessaires pour exercer un tout autre métier, sans rapport avec le livre. Que choisissez-vous ?

Viticulteur, le seul qui aurait pu dépasser le plaisir que j’ai connu dans la pratique polymorphe de l’histoire (jusqu’à maintenant ce sont toujours les vignes qui m’ont manqué).

Quel livre de notre catalogue, en dehors de votre domaine privilégié, vous donne envie de vous y plonger ?

Il est tout récemment publié, c’est celui de Vincent Robert, La petite-fille de la sorcière, situé au temps de George Sand. Pour deux raisons : je m’intéresse depuis longtemps aux pratiques magiques en général (Grèce, Mayenne, Bretagne), ici, celles du Berry, proche de ma Sologne natale, l’autre raison est péremptoire : il y a longtemps aussi que je suis amoureux de George !

En librairie :

22510100613440L

Pierre Brulé, Les sens du poil (grec), Les Belles Lettres, 2015, 576 pages, 35 €

22510100748670L

Pierre Brulé, Comment percevoir le sanctuaire grec ? Une analyse sensorielle du paysage sacré, Les Belles Lettres, 2012, 264 pages, 25,50 €

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2 commentaires

  1. À lire Pierre, on l’entend… et on sourit.
    Lisez du Pierre Brulé ! Ses Belles Lettres forment de bons mots.

    Réponse

    1. C’est bien toi, Yves? Pas si surprenant que ça, finalement! Plaisir de te retrouver en ce lieu improbable!
      A je ne sais quand pour lire ta poésie.
      Pierre

      Réponse

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