Le Questionnaire de la Chouette : Denis Kambouchner

Denis Kambouchner

Denis Kambouchner par Sarah Moon.

Denis Kambouchner, professeur d’histoire de la philosophie moderne à l’université Paris I, a consacré plusieurs ouvrages à Descartes dont Descartes n’a pas dit, un répertoire des fausses idées sur l’auteur du Discours de la méthode, avec les éléments utiles et une esquisse d’apologie paru début 2015 aux Belles Lettres. Il nous fait aujourd’hui  le plaisir de répondre à notre Questionnaire. Attention, chute d’eau sur Allemands, mathématiques et camp grec au programme !

Vous êtes une chouette. Sur quelles branches spécifiques du savoir vous posez-vous le plus naturellement ?

Avec des ailes, j’irais vers les mathématiques, cette si belle science avec laquelle j’ai depuis longtemps perdu le contact. Tel que je suis, je me contente, à peu près, des disciplines humanistes et des sciences sociales.

Quel texte de l’Antiquité vous a particulièrement frappé, et pourquoi ?

Je laisserai de côté les philosophes, difficiles à dissocier malgré la diversité des écoles. Restons du côté d’Homère. Enfant, j’avais été fasciné comme tant d’autres par l’album jamais réédité des Provensen. Ensuite, à lire de près l’Iliade, on reste confondu aussi bien par l’immensité poétique que par la puissance de la construction et le ciselage des parties dialoguées. Comment, à la source de nos littératures, une telle science a-t-elle été possible ? La question est ancienne. Elle donne toujours le vertige.

À quoi ressemble votre bibliothèque ?

Comme nous tous sans doute, je rêve d’une vaste pièce claire où tout se rangerait aisément, avec un bon quart de rayonnages encore libres. Dans la grande ville, nous sommes condamnés au capharnaüm. Ma bibliothèque est toute sur deux rangées. Les classiques finissent par recouvrir les contemporains. Récemment, un dégât des eaux a endommagé la colonne « littérature germanique ». Les Rilke et les Musil ont beaucoup souffert, les vieux Kafka s’en sont très bien remis.

Quelles autres passions inavouées côtoient votre amour des livres ?

J’ai de moins en moins de loisir. J’aime les musées à explorer vite, les concerts sans cérémonie, les ponts traversés à vélo dans les heures calmes, les nouveaux paysages de toute façon. En musique, chose si essentielle à toute écriture, je reviens lentement d’années jazz vers ce qui m’a jadis le plus touché : Bach, Mahler, Hans Werner Henze aussi…

Choisissez une découverte qui vous a marqué durant vos lectures,  que vous souhaiteriez délivrer au reste du monde :

Je ne pourrais pas dire. Seulement citer, hors grands classiques, notamment français, et toujours hors philosophie, Ainsi va toute chair de Samuel Butler, Le Maître de Ballantrae de Stevenson, Le Stradivarius perdu de J. M. Falkner, Amerika de Kafka, Le Vaisseau des morts de B. Traven, La Nuit sous le pont de pierre de Leo Perutz, Une nuit avec Hamlet de Vladimir Holan, Le Système périodique de Primo Levi. Ou seulement un quatrain d’Eugenio Montale : « La vie qui émet des éclairs/ est la seule que tu perçois./ Vers elle tu tends depuis cette/ fenêtre que fuit la lumière » (Le Occasioni, trad. de P. Angelini).

Remontons le temps. Vous pouvez choisir une date et un lieu à visiter à votre convenance, où partez-vous ?

Je crois que je l’ai déjà fait, pour l’essentiel en deux étés dérobés à d’autres travaux. C’était sous la tente d’Achille, dans le camp grec. D’où un livre qui aurait dû s’intituler : Rendez-vous à Troie, et que vous trouverez sous le titre : Ma guerre de Troie.

Vous pouvez dans l’heure acquérir les compétences nécessaires pour exercer un tout autre métier, sans rapport avec le livre. Que choisissez-vous ?

Décision impossible. Trop de choses seraient si tentantes, de l’astrophysique à la direction d’orchestre, de la psychanalyse à l’art des paysages (rien certes où il s’agisse de faire de l’argent ni de répercuter des consignes). Mais surtout, impossible de se détacher de l’écrit. Je m’imaginerais surtout en chroniqueur, en éditorialiste, ce genre de chose ; mais avec cela on fait encore des livres.

Quel livre de notre catalogue, en dehors de votre domaine privilégié, vous donne envie de vous y plonger ?

De m’y plonger ? Les Adages d’Érasme. De m’y replonger ? Guidé par l’excellent Wilfried Stroh, tout Cicéron, plus Isocrate, Quintilien, la Rhétorique à Herennius… Peut-être un programme pour la suite.

En librairie:

Denis Kambouchner, Descartes n'a pas dit

Denis Kambouchner, Descartes n’a pas dit. Un répertoire des fausses idées sur l’auteur du Discours de la méthode, avec les éléments utiles et une esquisse d’apologie, Les Belles Lettres, 2015, 240 pages, 11 €.

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