Les Lettrés de la Nouvelle-France

Extrait de Québec. Capitale de la Nouvelle-France, 1608-1760 de Raymonde Litalien. Chapitre VII, La Littérature, pages 155-157.

Collection Guides Belles Lettres des Civilisations, 2008, 236 pages, 17,30 €

Collection Guides Belles Lettres des Civilisations, 2008, 236 pages, 17,30 €

Les Lettrés

La proportion de lettrés, parmi la population d’émigrants, est sensiblement la même qu’en France. Au milieu du XVIIe siècle, une moyenne d’environ 30 % de la population française sait lire et écrire. Un siècle plus tard, à la fin du régime français, les chiffres relevés pour la seule ville de Québec donnent 36 % de lettrés qui sont très inégalement répartis. On en compte 49,5 % chez les hommes et 36,8 % chez les femmes, trouvés majoritairement parmi les représentants de la classe dirigeante. Dans le reste de la population, il n’y en a plus que 30 %. Les efforts d’alphabétisation des Amérindiens n’ont donné à peu près aucun résultat et les missionnaires se sont résignés à pratiquer l’évangélisation exclusivement par la parole et par l’imagier imprimé provenant de leur maison mère, en France (cf. La population, chap. III).

Il y avait donc environ 30 000 habitants dans l’ensemble des territoires de la Nouvelle-France, au milieu du XVIIIe siècle, susceptibles de se procurer et d’utiliser des ouvrages imprimés. Leurs besoins apparaissent clairement. Les ecclésiastiques, pour l’exercice du culte, se servent de livres religieux et liturgiques ; les administrateurs et les notaires se réfèrent aux recueils de lois et aux codes juridiques ; les médecins et chirurgiens ont des traités de botanique et de médecine ; les hydrographes et capitaines de navires emportent avec eux des précis d’astronomie et de navigation. Divers autres manuels sont nécessaires aux enseignants des petites écoles et des grandes institutions d’éducation. Les ouvrages dits « littéraires » comme les genres romanesque, poétique ou dramatique ne sont donc pas considérés comme prioritaires, d’autant qu’ils sont vertement condamnés comme « impies » par l’évêque de Québec (cf. L’évêché de Québec, chap. VI). Ce qui n’empêchera pas les particuliers de s’en procurer, comme en témoigne le contenu des bibliothèques trouvé dans les inventaires après-décès de certains notables de Québec et de Montréal. Dans le genre romanesque, arrive en tête de liste le Don Quichotte de Miguel de Cervantès, suivi du Roman comique de Paul Scarron et de l’oeuvre d’Alain-René Lesage.

Aucun éditeur en Nouvelle-France

Les contraintes particulièrement rigoureuses imposées à l’édition par la cour de France ont fait en sorte qu’aucun éditeur, aucune imprimerie n’ont pu exercer à l’intérieur de la colonie gouvernée par Québec. C’est en 1752 seulement et en pays conquis par l’Angleterre qu’apparaît la Halifax Gazette, premier imprimé sur le territoire revendiqué par la France.
La publication de livres, sous l’Ancien Régime, était soumise à l’obtention, auprès du roi, du privilège d’imprimer et de diffuser. Les manuscrits étaient d’abord soumis aux censeurs qui en vérifiaient la conformité aux directives officielles, à la religion catholique romaine et à la morale chrétienne. Une police vérifiait aussi que les libraires ne vendent aucune publication sans privilège ni contrefaçon étrangère.
Quelques tentatives ont pourtant été faites en vue d’installer des imprimeries afin d’effectuer directement les publications nécessaires, et d’en contrôler le contenu plutôt que de les confier à un éditeur en métropole. En 1665, les jésuites de Québec songent à obtenir le matériel nécessaire pour publier les textes utiles à leur mandat, dont les célèbres Relations. À Montréal, les sulpiciens entreprennent aussi des démarches à cet effet, au cours des années 1680. Ces ordres religieux souhaitent être soulagés du fastidieux travail de copiste qu’exigeait la multiplication des livres religieux. Leurs démarches sont sans succès. Les autorités civiles reprendront le projet au milieu du siècle suivant, pour diminuer le travail des clercs de l’administration (cf. Les institutions, chap. III). Les gouverneurs Roland-Michel Barrin de La Galissonière et Jacques-Pierre de Taffanel de La Jonquière, à partir de 1748, insistent sur le rôle de diffusion des directives royales qu’offrirait l’imprimerie et l’avantage politique qui en résulterait. La Cour est sensible à l’argumentation mais refuse de participer aux frais. Jusqu’à la fin, ce sont donc des ateliers métropolitains, contrôlés par la Cour, qui assurent l’édition des livres et des imprimés produits ou utilisés par les résidants de la Nouvelle-France.

Raymonde Litalien, Québec. Capitale de la Nouvelle-France, 1608-1760, coll. Guides Belles Lettres des Civilisations, 2008, pages 155-157. Sommaire complet.

Jusqu’au 31 mai 2015, pour l’achat de deux Guides Belles Lettres des Civilisations, l’ouvrage Les Religions du Monde de Nadine Goursaud est offert.

Les Voyages de Champlain, 1632. Page 157 du livre.

Les Voyages de Champlain, 1632. Page 157 du livre.

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